Plus loin que l'hiver, par Isabel Allende. Une très belle histoire d’amitié et de rédemption.

écrit par VandenHende
le 26/06/2020

Résumé

Chilienne expatriée au Canada durant la dictature de Pinochet, Lucía Maraz porte encore les profondes cicatrices de son passé. Elle ne s’est jamais tout à fait remise de la disparition de son frère, au cours des premières années du régime, et a également dû affronter un divorce et se battre contre le cancer. Mais lorsque, professeur invitée à l’université de New York, elle s’installe dans l’appartement au sous-sol du brownstone de son collègue, le professeur Richard Bowmaster, elle entame ce nouveau chapitre de sa vie avec entrain et optimisme.

Plusieurs deuils ont plongé Richard Bowmaster, d’un tempérament opposé et rongé par la culpabilité, dans une profonde solitude qu’il ne supporte qu’en menant une vie monastique, se détournant le moins possible de la routine qu’il s’impose. Au cœur de la tempête de neige la plus importante que Brooklyn ait connu de mémoire d’homme, un banal accident de voiture aura pourtant raison de son ostracisme. Alors que Richard se retrouve face à la jeune femme – immigrée guatémaltèque sans papier – dont il vient de heurter le véhicule, il est contraint d’appeler sa locataire pour l’aider. Evelyn Ortega va alors leur révéler un secret qui les entrainera tous les trois plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé, et entre confidences et révélations, liera leur destinée de manière inattendue.

Plus loin que l’hiver est certainement l’un des romans les plus personnels d’Isabel Allende, mais c’est aussi un livre ancré dans l’actualité puisqu’il aborde les thèmes de la migration et des identités. Se jouant des clichés et des préjugés, de New York au Guatemala, en passant par le Brésil et le Chili des années 70, Isabel Allende livre une très belle histoire d’amitié et de rédemption.

Extrait

Fin décembre 2015, l’hiver se faisait encore attendre. Lorsque Noël est arrivé, avec ses clochettes assommantes, les gens portaient toujours sandales et manches courtes – les uns en célébrant l’étrange amalgame des saisons, les autres dans la crainte du réchauffement planétaire –, tandis qu’aux fenêtres se montraient des arbres artificiels, saupoudrés de givre argenté, qui semaient la confusion parmi les écureuils et les oiseaux. Trois semaines après le Nouvel An, alors que plus personne ne pensait à ce retard météorologique dans le calendrier, la nature s’est réveillée subitement, a secoué son engourdissement automnal et déclenché la pire tempête de neige dans les annales de la mémoire collective.

Dans un sous-sol de Prospect Heights – un caveau de ciment et de briques, avec un tas de neige à l’entrée –, Lucía Maraz maudissait le froid. Elle avait le caractère stoïque des habitants de son pays : habituée aux tremblements de terre, aux inondations, aux tsunamis et cataclysmes politiques, elle se faisait du souci quand aucun malheur ne se profilait dans un délai raisonnable. Et pourtant, rien ne l’avait préparée à cet hiver sibérien qui s’installait à Brooklyn par mégarde. Les tempêtes chiliennes se limitaient à la cordillère des Andes et à la Terre de Feu, dans le Sud profond, où le continent s’égrenait en îles tailladées par les lames du vent austral, où la glace faisait éclater les os et où la vie était rude. Lucía venait de Santiago, avec sa réputation usurpée de douceur climatique, mais où l’hiver est humide et froid, comme les étés sont brûlants et desséchés. La ville est encaissée dans des montagnes violettes, qui se réveillent parfois couvertes de neige. Alors la plus pure lumière au monde se reflète sur les sommets de blancheur aveuglante. En de rares occasions, il tombe sur la cité une fine poussière, triste et pâle comme la cendre, qui n’arrive pas à blanchir le paysage et se transforme en boue. Au loin, toujours, la neige demeure comme aux origines.

L’auteur

Isabel Allende, née en 1942 au Pérou, a grandi au Chili. Elle vit depuis plus de 30 ans en Californie. Elle connaît une renommée internationale dès la publication de son premier roman, La Maison aux esprits (Fayard, 1984). Depuis, ont notamment paru, aux éditions Grasset, Fille du Destin, La Cité des Dieux sauvages, L’île sous la mer et L’amant japonais. Son œuvre est traduite en vingt-cinq langues.

Editions Grasset

Traduit de l'espagnol (Chili) par Jean-Claude Masson

Format : 154 x 235 mm

Pages : 336

EAN : 9782246822417

EAN numérique: 9782246822578

Prix : 20,90€

22 lectures
Portrait de VandenHende
Van den Hende"