“L’Histoire des Acadiennes et Acadiens de la Louisiane”, par Zachary Richard, à "La Bourse", à Namur, le 11 Février

écrit par YvesCalbert
le 05/02/2026

Dans le cadre du jumelage, en 1979, des Villes de Lafayette & Namur, venu en droite ligne du Sud des Etats-Unis, Zachary Richard (Ralph Zachary RichardScott/1950) nous présentera son livre, “L’Histoire des Acadiennes et Acadiens de la Louisiane” (Editions « University of Louisiana »/2012/broché/146 pages), au cours d’une conférence éponyme, le mercredi 11 février, à 18h, dans les locaux de « La Bourse », sise sur la place d’Armes, à Namur.

Diplômé en histoire, en 1972, à la « Tulane University », Zachary Richard, auteur-compositeur louisianais, est un  ardent défenseur de la langue française et de la culture cadienne de Louisiane

Francophone militant, il est l’un des membres fondateurs d’ « Action Cadienne », un organisme voué à la  protection et la promotion de la culture cadienne et de la langue française de la Louisiane.

Comme producteur, narrateur et compositeur, Zachary Richard participa à la réalisation du documentaire télévisé  « Against the Tide », portant sur l’histoire du peuple cadien de la Louisiane, ce film ayant reçu le « Prix du meilleur Documentaire historique », décerné, en 2000, par la « NETA » (« National Educational Television Association »). Sa version française, « Contre Vents, contre Marées », ayant reçu, à Montréal. en 2003, le « Prix Historia », décerné par l’ « Institut d’Histoire de l’Amérique française », fondé en 1946.

Mieux connue sous l’orthographe anglicisé « Cajun », la communauté francophone du Sud-Ouest de la Louisiane a une très riche histoire, qui témoigne de sa ténacité, de son courage et de sa capacité d’adaptation.

Les racines des Acadiens de la Louisiane sont plantées dans l’Ouest de la France. Originaire de Poitou Charentes, les immigrés qui allait devenir les Acadiens, se sont établis, au début du XVIIe siècle, sur la Baie française  (actuellement la Baie de Fundy) sur un territoire canadien, connu, aujourd’hui, sous le nom de Nouvelle Écosse.

Après avoir développé leur pays pendant plus d’un siècle, grâce en grande partie à une technologie hydrologique  apportée de France, les Acadiens ont été expulsés par les Britanniques dans un nettoyage ethnique brutal, en 1755. A suivi une période mouvementée où les Acadiens se trouvaient en exile tout autour du bassin atlantique : dans toutes les colonies britanniques d’Amérique, dans tous les ports de l’ouest de la France, au Québec et, finalement,  en 1765, en Louisiane.

L’esclavagisme, la Guerre de Sécession, l’assimilation forcée dans les écoles anglo-américaines, l’industrie pétrolière et la Seconde Guerre mondiale ont profondément marqué les Acadiens de Louisiane. Malgré les guerres, les ouragans et un siècle de mépris, ils forment encore aujourd’hui une communauté distincte, attachée à son héritage et engagée dans la défense de la langue française.

Connue sous l’orthographe anglicisée “Cajun”, la communauté francophone du Sud-Ouest de la Louisiane possède une histoire marquée par la ténacité et la capacité d’adaptation.

Chanteur, avec sa vingtaine d’albums sous le bras, Zachary Richard, porte-flambeau de la culture louisianaise, est, notamment l’auteur de « Travailler c’est trop dur » :

« Travailler c’est trop dur, / Et voler c’et pas beau. / Demander la Charité / C’est quelque chose / Que j’peux pas faire. / Chaque jour que moi je vis, / On me demande de quoi moi je vis, / Je dis que je vis sur l’Amour / Et j’espère de vivre vieux … »

… Et puisque « Travailler c’est trop dur », nul doute que Zachary Richard a animé des « Fais Dodo », des soirées musicales, durant lesquelles plutôt que payer une « nounou », les parents cajuns venaient à ces soirées avec leurs  bébés, plaçant les berceaux sous les tables en murmurant à leurs projénitures : « Fais Dodo » …

En 2019, Zachary Richard confia à notre collègue Benoit Valois-Nadeau, pour « Métro » : « Je suis auteur-compositeur. Pour moi, ce qui est important, c’est de communiquer autant que de divertir. J’essaye de respecter la devise que m’a donnée quand j’étais plus jeune un vieux violoneux, Lionel Leleux (1912-1996), qui m’avait pris sous son aile: ‘Nous, on fait la musique un peu pour la tête, pour faire rêver, un peu plus pour le cœur, pour faire ressentir, et encore plus pour les pattes, pour faire danser.’ »

« La langue, ce n’est pas seulement une façon de communiquer, mais aussi la démarcation d’un territoire. Un territoire réel et un territoire culturel. »

« J’ai fait mes dents, en 1968. À l’époque, c’était Richard Nixon (1913-1994) qui était au pouvoir. Il était moins effronté que Donald Trump, mais tout aussi criminel. La guerre du Vietnam battait son plein et il y avait une  déchirure dans la société, qui était très difficile à vivre. J’ai eu de grands conflits avec mon père, j’ai quitté la maison familiale et je n’y ai pas remis les pieds pendant six ans. C’était très difficile. Et c’est encore très difficile. Mais c’est cyclique. »

** Brève présentation du « Pays Cajun », en Louisiane :

Sise au cœur de la région acadiane, Saint-Martinville, chef-lieu de la paroisse (équivalent d’un comté, dans le autres Etats américains) de Saint-Martin, est une ville de 3 km2, peuplée d’environ 7.000 habitants, où le français, version « cajun », est toujours parlé, en témoigne sa chaîne radiophonique francophone et sasignalisation routière bilingue, le nom de cette ville rendant hommage à un ancien évêque de Tours (371-397), Saint-Martin de Tours (316 ou 336-397), figure emblématique de la chrétienté.

Rédigé en 1847, par Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882), un poème – « Evangeline : un Conte d’Acadie » – a immortalisé la tragédie de l’exil acadien, des milliers de migrants étant décédés en chemin, depuis la Nouvelle-Ecosse, au Canada, presqu’un siècle plus tôt, ce poème, mentionnant Saint-Martinville & le bayou Teche, étant  profondément ancré dans la culture cadienne, la légende voulant qu’ Evangeline & Gabriel, séparés le jour de leur mariage, se retrouvèrent sous un chêne, toujours respecté par les Cajuns.

Ce pays « cajun » possède un vaste territoire de marécages – avec ses« bayous », … peuplés d’alligators – qui s’étend au Sud-Est de la Louisiane.

Si les Pays-Bas et laBelgique ont connues pour leurs moules, ce sont les écrevisses qui font la joie de gastronomie  cadienne, « Gumbo &« Jambalaya » étant des plats réputés. Afin d’épicer ces mets, une sauce mondialement connue est uitilisée, le « Tabasco », créée en 1868 par Edmund McIlhennyb (1815-1890), fabriquée sur l’île Avery, dans la paroisse cadienne de New Iberia.

… Et si nous souhaitons commander des crevettes, disons plutôt « chevrettes », alors que si un policier cajun nous demande de déplacer notre véhicule, il nous dira, avec un savoureux accent : « grouille ton char » …

Namur étant jumelée à Lafayette, depuis 1979,revenons à cette ville, centre du « Pays Cajun », dit l’Acadiane, sise à 208 kilomètres à l’Ouest de New Orleans (La Nouvelle-Orléans), à la jonction des autoroutes 10 et 49, au bord du cours d’eau  Vermillon, d’où le nom donné à un musée vivant de la Culture cajun, inauguré en 1990 :  « Vermilionville », où des artisans locaux nous offrent des démonstrations de techniques d’antan, utilisées par les  Cajuns, sept édifices cajuns & créoles restaurées, dont une école & une église, étant à visiter.

Pour en connaître davantage sur “L’Histoire des Acadiennes et Acadiens de la Louisiane”, rendez-vous dans la salle de « La Bourse », cette conférence de Zachary Richard, illustrée par un support « PowerPoint », mêlant images, cartes et photos, nous permettant de découvrir sa communauté, ainsi que son histoire de résistance et d’espoir.

Synopsis du livre de Zachary Richard : « Le Sud-Ouest de la Louisiane est l’endroit qui regroupe la plus forte concentration de descendants acadiens en dehors des Provinces maritimes du Canada. Ce livre retrace l’histoire de ce peuple formé par des pionniers venus de France au début du XVIIe siècle. Il raconte l’expérience coloniale et les épreuves de la déportation et de l’exil. Il décrit l’arrivée des Acadiennes et des Acadiens en Louisiane et l’évolution de leur société le long des bayous. Enfin, il trace un portrait de la culture cadienne de la Louisiane en présentant certaines de ses traditions populaires et en montrant l’essor de ses institutions artistiques contemporaines. »

Organisation : le mercredi 11 février, à 18h. Lieu : « La Bourse », à Namur. Accès gratuit. Réservations obligatoires  : inscription@namur.be & 081/24.11.33.

** La Louisiane à Namur :

Notons que l’un des initiateurs du jumelage entre Lafayette & Namur fut Francis Laloux (1952-2003), alors échevin de la Culture et du Tourisme de Namur, qui, en 1978, s’était rendu à Lafayette, accompagné, notamment, de la  « Frairie des Masuis et Cotelis jambois ».

Par ailleurs, dix ans plus tôt, en 1968, l’Assemblée législative de la Louisiane créa le« CODOFIL »(« COuncil for the Development of French in Louisiana »), afin « de prendre toute initiative nécessaire pour assurer le développement, l’utilisation et la préservation de la langue française, comme elle existe en Louisiane auprofit culturel, économique  et touristique de l’Etat. » L’avocat  James Domengeaux (1907-1988), nommé par le gouverneur louisianais, en fut le premier président.

Ainsi, sélectionnés, dès 1974, à Bruxelles, par l’« APEFE » (« Association Pour l’Enseignement du Français en Louissiane »), aujourd’hui via la « Fédération Wallonie-Bruxelles » (candidatures via l’adresse : bourses@wbi.be),  des enseignants belges continuent à enseigner le français enLouisiane, dans lesécoles primaires, la première personne chargée de leur supervision, sur place, ayant été la Baronne namuroise Mariette Delahaut (1922-2023), qui donna son nom, en 1996, à un institut d’enseignement spécialisé, qu’elle créa, en 1970, à Jambes-Namur.

Ainsi, c’est dans cette section jamboise de la Ville de Namur, que, sous l’impulsion de Frédéric Laloux – commissaire aux Relations Internationales et Extérieures de la Ville de Namur & président le l’asbl « Namur -Lafayette » – qu’en 2023, une fresque géante, célébrant Lafayette, fut créée, dans la rue Mazy, face à l’ « Elysette ».

Décrivant cette fresque, imaginée par les artistes louisianais Makemade & Burt Durandil, Frédéric Laloux confia, à notre collègue Arnaud Pilet, pour la « RTBF » : « Elle a aussi plusieurs particularités qui changent des autres  fresques namuroises. L’œuvre est imprimée sur une bâche tendue au-dessus du mur et donc pas à même le mur, mais il n’y a pas de coutures ou de collages, le rendu est bluffant. »

A 300m de là, dans la même rue, nous trouvons le square de la Francophonie, relié à l’esplanade namuroise de la  Confluence par la passerelle cyclo-piétonne « L’Enjambée », inaugurée en 2020, alors que le samedi 20 juillet 2024, Madame le maire de Lafayette Monique Boulet & Maxime Prévot, alors bourgmestre de Namur, inaugurèrent, à l’occasion du 45è anniveraire du jumelage des deux villes, une exposition murale intitulée “Lafayette, le cœur de la Louisiane francophone”.

Même si 7.934 km séparent Namur de Lafayette, n’hésitons pas à faire nôtres ces deux expressions propres aux  Cajuns : « Laissez les bons temps rouler » & « Lâche pas la patate » …

Yves Calbert.

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