Jean-Paul Bastin (Les Engagés) : "C'est fini que l'État distribue de l'argent à tout-va"

écrit par francois.detry
le 25/05/2026
Jean-Paul Bastin est le chef de file des Engagés en région verviétoise. ©EDA

Député régional et communautaire des Engagés (et même chef de groupe de son parti au parlement wallon), le Malmédien Jean-Paul Bastin dit entendre la colère des enseignants. Il y répond par la réalité des chiffres budgétaires, comme pour les autres restrictions (pensions, chômage, etc.) prises par les coalitions dont sa formation fait partie, avec le MR.

L'actualité, c'est la colère du monde enseignant. Qu'y répondez-vous ?

D'abord, je l'entends parce que la première des choses que la politique doit faire, c'est constater ce qu'il y a. Je suis à l'écoute, que ce soit des organisations syndicales ou maintenant Mars Attacks. J'ai toujours répondu à leurs invitations (NDLR : avec encore une rencontre ce vendredi), des directeurs aussi. Ici, on arrive à la période de cristallisation puisque mercredi prochain est prévu le vote du décret-programme (NDLR: le vote a été reporté entre-temps) sur des mesures qui sont annoncées depuis octobre 2025. Comme le vote devient imminent, eh bien, la tension est en augmentation.

Je regrette cet état d'incompréhension entre le monde politique et le monde de l'enseignement. Il y a une situation budgétaire donnée. Alors, comment met-on ces mesures en œuvre ? Certes, il y a le 27 mai mais aussi surtout un 28 mai et la suite, avec une rentrée scolaire qui doit se préparer et des examens qui doivent avoir lieu. Comment fait-on pour à la fois entendre cette colère et préserver les élèves qui sont dans la ligne droite vers leurs examens ? D'autant plus que ceux qui sortent de secondaire, c'est la génération qui n'a pas eu son CEB en 2020 à cause du Covid. L'enjeu, c'est de savoir comment essayer de renouer un dialogue le plus constructif possible.

Enseignement, pensions, chômage, etc. : avec les Engagés au pouvoir à tous les niveaux. c'est la législature des restrictions à tout-va ?

C'est explicable. On a vécu une succession de crises : Covid, afflux de réfugiés ukrainiens, comme partout, ainsi que les inondations, dont Verviers a été l'épicentre… Les gouvernements, pour ne pas casser la machine économique, ont décidé d'ouvrir les vannes financières. Quand je dis ça, ce n'est pas une critique sous couvert de la formation politique à laquelle j'appartiens et qui était dans l'opposition à ce moment-là. C'était une réponse aux crises, avec ce qu'on a appelé "l'argent hélicoptère". On a payé 5 000 euros aux indépendants dans l'horeca, on a fait un plan de relance de 7 milliards en Wallonie… Mais, malheureusement, ça n'a pas été un plan de relance, ça a été un plan de dépenses.

Ici, c'est la législature où on a l'ambition de remettre le pot droit, avec un minimum d'équilibre financier. Pas pour un fétichisme des chiffres mais parce que ce ne sont pas des chiffres en l'air, c'est de l'argent qui se rembourse et on est à la limite du phénomène "boule de neige" où on doit emprunter pour rembourser et toujours emprunter plus pour rembourser plus. Suite à ces crises, on est passés en une mandature d'une dette de 23 à 41 milliards pour la Région wallonne. C'est très frustrant, très ingrat, mais c'est absolument nécessaire, si on ne veut pas hypothéquer les générations à venir, avec des choix qui seraient encore plus compliqués, si on veut continuer à payer les pensions et les services sociaux.

Vous ne craignez pas que l'électeur le fasse payer aux Engagés, au prochain scrutin ?

C'est une hypothèse (j'entends parfois dire "ça, ça n'était pas dans votre programme")… mais ce serait irresponsable de ne pas garder cette trajectoire budgétaire. Il y a encore un décalage entre le monde politique, qui est directement en phase avec ces chiffres-là, et une partie de la société civile, qui a constaté lors des différentes crises précédentes que l'État était là et distribuait l'argent à tout-va. Sauf qu'on arrive au bout du modèle, qu'il faut rembourser et qu'on ne doit plus simplement se dire, par rapport au nombre de défis présents : qu'est-ce que l'État va faire en plus ? Aujourd'hui, c'est : qu'est-ce que l'État va garder ?

Ça se passe comme vous le voulez, avec le partenaire MR ?

La question n'est pas de savoir si c'est comme je veux ou comme je ne veux pas. Je suis démocrate et le résultat des élections conduit à constituer une majorité avec des partenaires qui permettent d'y arriver. Ici, avec les deux vainqueurs et un MR qui – qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas – est le premier parti. Bien sûr, on est différents du MR (et ce n'est pas une critique) mais on travaille avec ce partenaire-là dans la loyauté, qui est réciproque. Je constate qu'en Région wallonne, l'atmosphère est globalement sereine et qu'en Fédération Wallonie-Bruxelles, c'est plus nerveux et tendu depuis le début, avec notamment une matière de l'enseignement dont nous n'avons pas la compétence alors que c'est une thématique et un monde sociologique sur lequel nous rentrons en résonance.

Dans la pratique du gouvernement, du pouvoir, la manière des Engagés et celle du MR ne sont pas les mêmes. Le MR est beaucoup plus dans l'affirmation et dans l'expression d'une ligne politique plus marquée, plus clivante et d'ailleurs très symbolisé par son président. Nous, nous sommes beaucoup plus dans la nuance, la concertation et dans la cohésion, en essayant de faire en sorte que tout le monde fasse société en entendant les avis des uns et des autres

Franck Destrebecq   Journaliste L’Avenir

 

  • Jean-Paul Bastin est le chef de file des Engagés en région verviétoise. ©EDA
  • Jean-Paul Bastin a rencontré neufs directeurs ce jeudi 26 mars 2026. ©EDA - Pierre LEJEUNE
  • Jean-Paul Bastin en 2006, quand il est devenu bourgmestre de Malmedy lors de sa première candidature à des élections. ©de
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