Château des comtes de Salm

Chateau des comtes de Salm_3433 Anne De Bremaecker Anne De Bremaecker Chateau des comtes de Salm_3432 Pont Madeleine par Victor Hugo Pont Madeleine par Victor Hugo Chateau des comtes de Salm_3431 Chateau des comtes de Salm_3428 Chateau des comtes de Salm_3427 Chateau des comtes de Salm_3423 Chateau des comtes de Salm_3403 Anne De Bremaecker

Madame l’ambassadeur est au cachot
Vielsalm. 17 juin 2012. Ce jour, la commune avait chargé une cinquantaine d’ambassadeurs d’ouvrir leurs portes aux curieux.
Au plus profond de son donjon de Salmchâteau, Anne De Bremaecker gagne son titre d’Excellence. Entourée d’enfants médusés. Et dans l’ombre de leurs ombres, les parents sont pétrifiés.
« Ah ! vous avez voulu visiter la cave de mon château ! sachez que nul n’en est jamais sorti indemne ».
Elle a pour s'exprimer la voix invisible et pénétrée de Marlène Dietrich : elle ne conte pas une histoire, elle vous y plonge.

Mère, père et enfant torturés
L’histoire, c’est celle de femmes qu’écroua le comte de Salm dans le tréfonds de son bastion.
Celle d’une innocente que par son droit de faire justice il condamna à mort comme sorcière. Une macrale, puisqu’il faut l’appeler par un nom.
Cette prison aux murs épais de cinq mètres, ronde comme pour mieux affoler, a recueilli la longue complainte d’une épouse, d’une mère, tant qu’elle se refusa d’avouer des forfaits imaginaires. Refusant de la dénoncer, même sous les pires tortures, son mari en mourut. On questionna son enfant jusqu’à le rendre à jamais dément. Bien d'autres furent ainsi dépouillées devant les huées du public.
Une histoire de femmes parmi d’autres.
"Ceci est un lieu d’indicibles souffrances", ponctuait comme un métronome Anne De Bremaecker à la fin de chaque histoire.

Les sœurs Madeleine
Et de nous rapprocher aussi des sœurs Madeleine, incarcérées, puis condamnées elles aussi pour des actes de prétendue sorcellerie.
Un échec pour le comte, qui dut enfin les libérer, innocentées en vertu d’un jugement de cour.
La populace leur fit une haie de la poterne du château à leur masure, pour les flageller tout du long du parcours.
Ce chemin de croix les amena à franchir un pont.
"On l’appella le pont Madeleine. Il a été dessiné par Victor Hugo de passage à Salmchâteau. Se souvenir de l’histoire des soeurs Madeleine en le franchissant, c’est participer à leur réhabilitation"..

Le snack
Pour remettre les visiteurs des émotions qu’elle a suscitées, Anne De Bremaecker a dressé, dans la salle des officiers chauffée par un feu de bûches, des tables cossues couvertes de jus de fruits en Tetra Pack avec une paille sertie d’une goutte de colle, et de biscuits en portions individuelles sous film plastique neutre personnalisé, comme on dit dans le français du catering.
L’hôtesse a dû insister pour que les enfants se servent.
Leur rappeler le mode d’emploi.
Remontés de l’enfer, ils y ont goûté comme s’ils devaient apprivoiser des friandises.
Jésus, que leur joie demeure.

Militante
Je n’ai pas voulu que la visite de la tour se limite à la découverte d’une impressionnante architecture, confie Anne De Bremaecker.
Mais plutôt inviter les enfants à une réflexion historique, juridique, humaine. À percevoir comment ont pu être traitées des personnes.
On doit comprendre ici ce que furent les avancées de la Révolution française.
Les conditions de ces prisonnières accusées en fin de compte de rien du tout étaient terribles.
Non pas à une époque barbare reculée du Moyen-Âge. Les innocentes prétendues sorcières ont été condamnées par un jugement, égorgées et brûlées en 1650 : Jean-Sébastien Bach était né !

À une question : quel était quand même ce « rien du tout », le chef d’inculpation, puisque jugement il y avait ? Anne De Bremaecker tourne son regard vers l’Orient en disant :
pourquoi lapide-t-on encore au XXIème siècle des femmes dans certains pays ? Quelqu’un peut-il le dire ?

René Dislaire

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