Houffalize : Le « must » du stylisme en province de Luxembourg

écrit par ReneDislaire
le 18/08/2013
J.M Philippart.

Retour sur le défilé de Jean-Marc Philippart: de la musique avant toute chose...
Les gens qui ont assisté au défilé de stylisme des Z’ateliers de ce 15 juin 2013, revêtu de la griffe de Jean-Marc Philippart, ont été agréablement surpris par le caractère « spectacle total » de la soirée.

L'interview de "J.M. Ph."
- Le défilé du 15 juin, c'était un rendez-vous de tous les arts ou presque?
- Jean-Marc Philippart :Oui, le défilé a duré une heure. Les défilés de haute couture parisiens dont on voit des extraits à la télévision durent en tout et pour tout 6 minutes pour des spécialistes qui observent 40 mannequins évoluer quelques secondes chacun dans le plus grand silence. J’ai voulu autre chose. Une mise en scène, des chorégraphies, un décor, des musiques, des jeux de lumière. Le public a assisté non pas à un défilé classique, mais à une soirée.
- En effet, le public en a pris plein la vue, et aussi plein les oreilles !
- J.M. Ph.: Anne-Marie Rouling, qui enseigne par ailleurs la couture à l’atelier des débutantes, est une technicienne sublime : la musique techno de Code 1026 Agoria accompagnait parfaitement la mise en marche de sa créativité. De même, Come toegether des Beatles, avec son rythme de pity rock, s’imposait pour escorter les modèles de la benjamine, Zoé Pinson, 15 ans.
- Un défilé, qu’est-ce que c’est ?
- J.M. Ph.: Un travail qui demande un an de préparation. Je laisse à chacune de mes six élèves le choix d’un thème et d’une couleur, et toute l’année elles devront se tenir dans le cadre strict de ce qu’elles ont décidé au départ. Cette limitation est purement didactique : il y a ainsi une connexion entre toutes leurs silhouettes et elles évitent ainsi de se perdre. En deuxième année, elles disposeront de deux couleurs, et ainsi de suite.
- Par exemple ?
- J.M. Ph..: Pour Bénédicte Quebatte, de Willogne, c’était Alice au pays des merveilles. Et la couleur orange. L’assistance a été frappée par l’entrée de ses mannequins, la connexion entre des silhouettes différentes, grâce au thème d’une légende connue et une couleur bien particulière.
Jacqueline Lambin, qui fut une grande voyageuse, une artiste confirmée que tout le monde connaît dans notre région (elle a 83 ans) avait retenu le thème des cinq continents. Les ethnies notamment d’Asie et d’Afrique qu’elle a fréquentées, avec des tissus qu’elle a ramenés de ses expéditions. La couleur par laquelle elle a fixé ses émotions est le bleu.
- Et la musique ? c’est cela qui a coupé le souffle à tout le monde…
- J.M. Ph.: Là c’est moi qui ai fait tous les choix. La musique de l’ouverture des Jeux olympiques d’Atlanta en 1986, selon moi le plus mémorable rassemblement de toutes les nations de tous les temps, a convoyé la collection de Jacqueline Lambin.
- Et la vôtre ?
- J.M. Ph.: Ma collection évoquait le thème de la mort. Pour moi, il s’agit au départ d’un tunnel dans l’obscurité absolue, qui débouche sur une lumière éblouissante. D’où les silhouettes en crescendo allant du noir absolu de la longiligne France Georges, à l’éclatante blancheur de Carole Bolland en point d'orgue du défilé. Pour l’accompagnement musical, je me suis servi de Abide with me. C'est donc sur l'ouverture des J.O. de Londres en 2012 que s'est clos notre spectacle! Une musique composée en 1847 par un auteur sur son lit de mort. D’ailleurs, en réalité, il faut inverser les choses : c’est cette musique qui a inspiré ma collection tout au long de l’année.
- Être élève dans votre atelier, un gros budget ?
- J.M. Ph.: Absolument pas. C’est la première chose que j’explique en début d’année : servez-vous de vieilles fripes personnelles ou familiales, de chutes, de carton ou de plastique, et ayez l’esprit créatif ! D’ailleurs, aux ateliers hebdomadaires, on ne coud pas, on imagine, on fait des patrons, on compare ses idées. La couture, c’est le travail à faire à la maison.
- Vous parlez sans cesse de collections et de silhouettes. Du jargon "maison"?
- J.M. Ph. : La silhouette, c’est l’ensemble porté par le mannequin : jupe, veste, robe, ceinture, chapeau… La collection, c’est l’ensemble des silhouettes qu’on a créées sur l’année. Et c’est cette collection qui gravite autour d’un seul thème, et d’une ou quelques couleurs assorties.
- Pour le moment, c’est quelle musique qui vous trotte dans la tête ?
- J.M Ph.: Top secret. Elle sera révélée au défilé de 2014, sur lequel toute notre équipe planche déjà…

Propos recueillis par René Dislaire

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Une camarade de Jean-Marc Philippart habille Lady Gaga
Peu après cette interview, nous apprenions que Lady Gaga a flashé pour la dernière collection de Louise Lecomte, sur le thème des femmes guerrières et des armures moyenâgeuses.
Et la rockeuse la plus en vue au monde a porté une silhouette noire devenue maintenant célèbre fashion Louise Lecomte lors d’un gala de charité à New York, où la table était à 50.000 dollars.
Louise Lecomte est une jeune styliste de 27 ans sortie de la prestigieuse école de stylisme de la Cambre, à Bruxelles, qu’a fréquentée également Jean-Marc Philippart.
C’est en tombant par hasard sur une vidéo en ligne sur internet d’un défilé de cette créatrice qu’une conseillère de Lady Gaga a attiré l’attention de sa patronne, qui a aussitôt passé commande.
Un « bon coup » pour l’école de la Cambre et pour cette jeune styliste habitant Bruxelles. On n’en souhaite pas moins pour le Houffalois Jean-Marc Philippart.
Jean-Marc Philippart , dont la collection est visible sur ardenneweb depuis le 15 juin 2013.
R.D.


Lien vers notre reportage complet "Houffalize. Stylisme et jeunes dentelles" en photos et vidéo

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