6è "The Extraordinary Film Festival", d'Arlon à Woluwe-Saint-Pierre, du 26/10 au 08/11, et sur "Auvio"

écrit par YvesCalbert
le 27/10/2021

En avant-première du 6è « The Extraordinary Film Festival », programmé au « Delta », à Namur, du mercredi 10 jusqu’au dimanche 14 novembre, une séance, présentant 7 courts-métrages, est programmée dans six de nos villes (Arlon, Charleroi, Liège, Mons, Wavre et Woluwe-Saint-Pierre), entre le mardi 26 octobre et le lundi 08 novembre.

Séances programmées pour ces avant-premières :
– à Arlon, le mardi 26 octobre, à 20h, à la « Maison de la Culture » (Salle Grand Théâtre) : https://teff.be/seances/124
– à Woluwe-Saint-Pierre, le jeudi 28, à 20h, au« W-Whall » (Salle Fabry) : https://teff.be/seances/154
– à Charleroi, le jeudi 28, à 20h, au « Quai 10 » (Salle 4) : https://teff.be/seances/152
– à Mons, le jeudi 28, à 20h, au « Plaza Arthouse Cinéma » (Salle 2) : https://teff.be/seances/153
– à Wavre, le vendredi 29, à 20h, à « La Sucrerie » : https://teff.be/seances/151
– à Liège, le lundi 08 novembre, à 20h, à la « Cité Miroir » (Salle Francisco Ferrer) https://teff.be/seances/155

Prix d’accès à une séance : 6€ (5€, en prévente). Conditions sanitaires : « Covid Safe Ticket » et carte d’indentité requis (le port du masque n’étant, dès lors, pas obligatoire, une fois assis en salle).

… Et si, d’aventure, vous voulez (re)découvrir « La Disgrâce » (Didier Cros/Fra./2018/67′), « Grand Prix du Public » du 5è « The Extraordinary Film Festival », qui fut à l'affiche, hors compétition, du 36è "FIFF" ("Festival International du Film Francophone"), rendez-vous sur "Auvio", chez vous, au jour et à l'heure de votre choix.rendez-vous sur « Auvio », chez vous, au jour et à l’heure de votre choix.

Lien de cet excellent documentaire : https://www.rtbf.be/auvio/detail_la-disgrace?id=2688330.

Synopsis : « Des hommes et des femmes que l’on regarde avec difficulté. Nos semblables, mais des personnes que l’on observe du coin de l’oeil faute d’avoir le courage de les regarder en face. Didier Cros leur donne la parole. Qu’est-ce que la singularité la plus dérangeante peut dire de notre humanité commune ? »

Inconnus du « grand public », aussi bien que de médias cinématographiques, tel qu’« Allo Ciné » (aucune photo de ce film n’y étant publiée), ces cinq protagonistes devinrent, en un peu plus d’une heure, les personnes les plus adulées de cet « extraordinaire » Festival, eux dont les faces ont été détruites, par balles, sur la terrasse du          « Bataclan » ; par de l’acide sulfurique, lors d’un féminicide ; par une malformation, à la naissance ; par un cancer ; …

Patricia Lefranc, Guilhem Lignon, Gaelle Messager, Jenny Udriot et Stéphane Vouillaume, étaient tous présents, en novembre 2019, sur la scène du« Delta », à Namur, avec leur réalisateur, Didier Cros, et la  productrice, Félicie Roblin. Ils reçurent deux « standing ovations », de plus de cinq minutes, à l’occasion des  deux projections de ce film documentaire, présentées dans le cadre de la biennale « The Extraordinary Film Festival » (« TEFF »), organisée par l’asbl « EOP » (« Extra et Ordinary People »).

Sur cette même scène namuroise, comme sur « France 2 », à l’occasion d’un tournage de « Ça commence Aujourd’hui », la Valaisane Jenny Udriot, bien dans sa peau meurtrie, interpréta, au « Delta », une  chanson, dont le public  reprit le refrain :  « Je mettrai mon coeur dans du papier d’argent… ». Notons qu’elle n’accepte pas l’adjectif « défigurée », nous disant :« C’est faux, on a une figure, différente, c’est tout ».

En un peu moins d’un mois, Didier Cros – qui s’intéressa à ce sujet pour avoir eu, lui-même, une soeur porteuse d’un handicap – filma ces cinq protagonistes, individuellement, au sein du « Studio Harcourt », fondé en 1934, alors que chacun était livré au talent de différents photographes de ce célèbre studio parisien …

… Et c’est à Namur que ces cinq protagonistes, une Suissesse et quatre Français, se rencontrèrent pour la première fois, découvrant le film dont ils sont les acteurs.

Certains s’étonneront que le « Studio Harcourt », temple du glamour, sanctuaire de la beauté, ayant vu défiler sur ses plateaux des stars du monde entier, ait pu accepter ce défi de photographier des personnes dont le visage a été détruit.

C’est tout à l’avantage de Didier Cros d’avoir pu convaincre ces professionnels de la photo d’aider par la réalisation de leurs clichés à la réappropriation du regard sur soi, chacun d’eux (d’elles) ayant pu choisir la photo dont il (elle) acceptait l’édition en vue d’être exposée… 

Patricia Lefranc, brûlée à l’acide sulfurique par un ancien compagnon, déclare, dans ce documentaire :« Je suis morte socialement. Pour avoir une vie, il faut avoir un visage ». Emue jusqu’aux larmes par l’accueil du public namurois, elle prit le micro, déclarant : « Vous nous faites vivre de telles émotions ! Comment voulez-vous que l’on s’arrête de pleurer ?… », promettant d’être présente, en 2021, au sein de l’équipe des bénévoles du « TEFF » … Et, de fait, elle sera bien présente à Namur, du mercredi 10 jusqu’au dimanche 14 novembre … Superbe !

Ce film leur donnant la parole, nous pouvons (ré)entendre comment ces anonymes vivent sous le poids de la différence, comment ils acceptent ce qu’ils sont et le font admettre aux autres ? 

Ainsi, nous lisons ce que Stéphane Vouillaume – ayant perdu sa mâchoire inférieure, suite à une cancer – confia à Sophia Chafai, pour « Famme actuelle » : « La vraie monstruosité, n’est-ce pas cette norme que la société fait peser, cette obligation de paraître qui exclut immédiatement ceux qui sortent de la norme ? »

Ainsi, nous entendons Stéphane Vouillaume, victime d’un cancer, nous dire : « La vraie monstruosité, n’est-ce pas cette norme que la société fait peser, cette obligation de paraître qui exclut immédiatement ceux qui sortent de la norme ? »

Avis en ligne de « film-documentaire.fr » : « Au cœur de ce film, les hommes et les femmes que l’on regarde avec difficulté. Ceux sur qui les enfants s’interrogent à haute voix sans retenue, ceux qui suscitent une curiosité malsaine et dont on se moque parfois. Nos semblables, mais des personnes que l’on observe du coin de l’œil faute d’avoir le courage de les regarder en face. Ce film donne la parole aux faces détruites, aux identités déglinguées par le hasard ou la destinée. Figures malformées de naissance, visages ravagés par les accidents de la vie. Comment vivre sous le poids de la différence ? Par quoi doit-on passer pour accepter ce que l’on est et le faire admettre aux autres ? Qu’est ce que la singularité la plus dérangeante peut nous dire de notre humanité commune ? Ce film est un face à face. Un face à face des témoins avec les spectateurs et des témoins avec eux-mêmes. »

En janvier 2021, Didier Cros confiait à nos collègues de « Le Blog Documentaire » : «  ‘La Disgrâce’ part d’une histoire et d’une expérience très personnelles. Ma sœur était handicapée mentale, et elle était aussi ‘abîmée’ du visage depuis sa naissance. Elle était hébergée dans un centre en Belgique, comme beaucoup de personnes dans son cas, la défiguration et le handicap mental étant souvent mis sous le tapis en France. Et c’est en rentrant de l’une de mes visites que je me suis rendu compte à quel point la « sale gueule » nous raconte quelque chose de l’Autre et de nous-mêmes. D’une certaine manière, c’est la ‘différence’ qui englobe et qui symbolise toutes les autres. »

« Au début, c’était compliqué. Il n’y a pas de sources, il n’y a pas d’associations qui regrouperaient des personnes défigurées puisque c’est un sujet tabou. L’association des ‘gueules cassées’ existe depuis très longtemps, mais elle regroupe quasi exclusivement des blessés de guerre. A ce jour, les personnes abîmées du visage ne cherchent pas à créer de collectifs. A plus forte raison dans une société qui élève le beau au rang d’exigence, qui insiste sur la performance, la réussite sociale normalisée. Cela produit très directement de l’exclusion immédiate. On est vite hors du circuit avec un visage déformé. »

« Je me suis donc assez vite tourné vers les professionnels qui soignent ces personnes. Des chirurgiens, et il n’y en a pas beaucoup : les professeurs Bernard Devauchelle, Chloé Bertolus et Patrick Goudot. Ceux qui ne font que de l’esthétique ont décliné ma proposition, à l’inverse de ces trois médecins qui étaient plutôt demandeurs, justement car on ne parle pas assez de leur profession et de leurs patients. Ils ont été réceptifs, et ils ont même considéré le dispositif choisi comme une bonne idée. Ils m’ont un peu rassurés sur la justesse de ma démarche, et sur la nécessité de décaler les regards. Il y avait aussi d’autres biais pour rencontrer de futurs personnages ; les orthophonistes par exemple. Au final, j’ai discuté avec trente ou quarante personnes, quels que soient les pathologies, les origines des blessures et l’âge. »

« Je ne fais pas partie des cinéastes qui aiment se lancer tête baissée dans un sujet, avec un rapport très frontal au réel qu’ils parviennent à faire ‘parler’. J’ai au contraire besoin de penser profondément en amont à ce que je vais faire, ça me rassure au moment de fabriquer le film. Cela me permet de retrouver une forme de spontanéité au tournage. C’est aussi peut-être la raison pour laquelle j’ai un goût pour les dispositifs, et pour les huis clos. Ça me passionne de tourner dans des lieux uniques et fermés. C’est une contrainte assez masochiste – il faut dire un maximum avec peu – mais elle oblige à se poser les bonnes questions. »

« Le dispositif de ‘La Disgrâce’ est bien sûr un peu provocateur par le choix du ‘Studio Harcourt‘, mais c’est pensé pour impliquer le spectateur. J’ai essayer de contourner les codes du beau et du laid, de casser ceux du glamour et du chic. L’idée n’était pas de tricher, de transformer les personnages en ‘belles personnes’, selon les critères entendus de la beauté occidentale, de faire du ‘beau’ avec du ‘laid’. L’idée était de sublimer ce qui est considéré comme une laideur. De lui donner une certaine forme de noblesse, de valeur, de considération. Les jeux de lumière, chaleureux et ‘invitants’, permettent de favoriser la rencontre avec le spectateur, et de faire de ces étrangers absolus du début du film des personnes avec qui on serait capables de boire un verre à la fin du documentaire. »

A noter que Luc Boland, le créateur et directeur artistique de cet exceptionnel Festival, nous confia : « Si nous devons casser les prejugés et démystifier le handicap, soulignons que le « TEFF » est un Festival ouvert à tous. De fait, les personnes porteuses d’un handicap ne représentent que 7 à 8% de nos spectateurs. Depuis les sorties de deux films, ‘Intouchables’ (2011) et ‘Hors Normes’ (2019), des réalisateurs français Olivier Nakache et Eric Toledano, nous sommes heureux de constater une réelle évolution, tant dans la production que dans le regard de la société, un peu comme pour les films mettant en scène des homosexuels, qui étaient rares jusqu’à la fin des années ’80, alors qu’aujourd’hui , il sont devenus communs, une comédie se devant de compter, parmi les acteurs, au moins un noir et un homosexuel, voire, maintenant, une personne porteuse d’un handicap.« 

Malgré toutes les craintes liées à l’arrivée d’une 4è vague, étant vaccinés pour assister aux différentes séances, réjouissons-nous que la situation culturelle soit de retour à la quasi-normale, n’oublions donc pas cet important rendez-vous namurois, dans les trois salles du « Delta », chaque film étant projeté à deux reprises, entre le mercredi 10 et le dimanche 14 novembre 2021.

En attendant, entre ce mardi 26 octobre et le lundi 08 novembre, n’hésitons pas de découvrir, dans une salle, 7 courts métrages du « The Extraordinary Film Festival » et, dès aujourd’hui, rendons-nous sur« Auvio », afin de (re)découvrir un document particulièrement humain, « La Disgrâce ». Respect ! …

… Mais, surtout, n’oublions pas le grand rendez-vous, à Namur, au « Delta », en présence de nombreux acteurs et réalisateurs, pour la 6è édition de cet extraodinaire « Festival », du mercredi 10 jusqu’au dimanche 14 novembre, des animations étant, également, programmées, notamment, le vendredi 12, à 20h30, avec « Lou B » (Lou Boland/°1998), jeune avaugle de 23 ans, porteur du syndrome de Morsier, demi-finaliste, en 2021, de « The Voice-Belgique », ayant été, en 2017, le lauréat du concours des « Francofolies de Spa ».

Sites web : https://www.eopasbl.be et https://www.teff.be.

Page Facebook du Festival : https://www.facebook.com/extraordinaryfestival/.

Groupe Facebook de l’asbl « EOP! » : https://www.facebook.com/groups/eopfestival/.

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Yves Calbert.

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