Exposition "Secrets d'Atelier" de Juanjo Guarnido, au "Musée de la BD", prolongée jusqu'au 16 Mai

écrit par YvesCalbert
le 09/03/2021

Prévue jusqu’au dimanche 08 novembre 2020, l’exposition « J. Guarnido – Secrets d’Atelier d’un Maestro » est  prolongée jusqu’au dimanche 16 mai 2021, au « Musée de la Bande dessinée » (« CBBD »).

Né à Grenadeen Andalousie, en 1967, Juanjo Guarnido (né Juan José Guarniso) étudia à la « Faculté des Beaux-Arts », de l’ « Université de Grenade », fondée en 1531 par Charles Quint (1500-1558). Diplômé en spécialité  « peinture », il participe à la réalisation de plusieurs fanzines et réalise des illustrations pour « Planeta De Agostini », les éditions espagnoles des comics américains « Marvel ». S’installant à Madrid, en 1990, il suit, durant trois mois, une formation de dessins animés, dans les « Studios Lapiz Azul ».

Débarquant à Paris, en 1993, il intègre les « Studios Disney » de Montreuil, où il travaille comme dessinateur de layouts, puis comme animateur. Dans le même temps, avec Juan Diaz Canales (°Madrid/1972), dont il fit la connaissance dans les studios madrilènes, il crée « Blacksad », qui connaît un succès immédiat, le premier tomeen français, « Quelque Part entre les Ombres », étant édité, en novembre 2000, par « Dargaud », qui publie, en 2013, « Amarillo », le 5è et actuel dernier tome, alors que Juanjo Guarnido et Juan Dias Canales  travaillent actuellement sur le retour, au sein d’un dyptique, de leur principal héros

A noter que Juan Diaz Canales est le scénariste des trois derniers albums de « Corto Maltese »dessinés par son compatriote Rubén Pellejero (°Badalona/1952), série créée par l’auteur italien Hugo Pratt (1927-1995) et  éditée par « Casterman ».

Au « CBBD », après avoir évoqué les débuts de Juanjo Guarnido, avec quelques dessins d’époque, grâce à la  scénographie de Jean Serneels, sous la coordination de la commissaireauteure des textes de l’expoMélanie Andrieu, nous découvrons une superbe reproduction, à l’échelle 1/1, du bureau de « John Blacksad », dans lequel nous ne pouvons pénétrer, hormis le dessinateur lui-même (cfr. photo). Avec les anciens téléphonemachine à écrire mécanique et poste de radio des années ’50, nous remontons le temps, avec réalisme, jusqu’aux années '50

Nous progressons, ensuite, tome par tome, en immersion totale, des reproductions géantes de planches et des couvertures des cinq albums, nous plongeant au sein des différentes enquêtes du détective privé John Blacksad, archétype du héros solitaire, sombre et désabusé, ancien gamin des rues ayant « bien tourné », le duo d’auteurs  ayant utilisé un authentique découpage cinématographique pour créer ces enquêtes…

Synopsis : « Par un moche matin couleur sépia, ‘John Blacksad’, détective privé de son état – ou « fouille-merde » selon certains – est appelé par le flic ‘Smirnov’ pour reconnaître un cadavre. Il reconnaît : c’est ‘Natalia Wilford’, une actrice avec qui il a vécu jadis la plus heureuse époque de sa vie. En bon flic, ‘Smirnov’ lui conseille de garder le museau hors de cette affaire. En bon fouille-merde, ‘Blacksad’ ne suit pas ce conseil avisé : un salaud a tué une femme et, par la même occasion, ses meilleurs souvenirs. Il va payer… »

« C’est beau, c’est fort, c’est vivant, c’est original, tout est là ! L’ambiance, les couleurs, les cadrages, les gueules, les dialogues. tout pour perpétuer cette bonne vieille traition du polar », écrivait Régis Loisel, en préface du premier tome.

Synopsis « ‘ldsmill’, le maître de la ville, est un tigre blanc. ‘Karup’, le chef de la police, un ours blanc. ‘Huk’, l’âme damnée de ‘Karup’, un renard blanc. Avec les autres animaux à pelage immaculé, ils forment la société ‘WASP’  (W pour White, AS pour Anglo-Saxon, P pour Protestant). Tous les autres habitants, de la pie noire au renard brun-roux en passant par le chat tacheté et la biche châtain, ne sont que racaille. Et si la police n’est pas capable de maintenir l’ordre des blancs, les gros bras d’ ‘Arctic-Nation’, le parti raciste, cagoulés et vêtus de robes blanches, s’en chargent sans états d’âme… »

Le scénario de Juan Dias Canales est envoûtant comme un roman de Dashiell Hammett (1894-1961), glauque  comme un Raymond Chandler (1888-1959), gouailleur comme un Chester Himes (1909-1984)… « Arctic-Nation » est un vrai roman noir. Très, très noir… »

Synopsis : « ‘John Blacksad’ s’ennuie dans son nouveau rôle de garde du corps d’un parvenu flambeur. Heureusement, on peut toujours compter sur le destin qui vous met dans les pattes de vieilles connaissances pour vous sortir du ronronnement du quotidien et de nouvelles rencontres pour éviter de vous empâter. En cette période de guerre froide, certains ont tendance à voir rouge et l’atome a des odeurs de soufre… »

Au verso de cet album, nous pouvons lire : « Je restai plus d’une heure à observer en silence avant d’ouvrir la bouche et de rompre cet instant magique de création. Cet être à la santé fragile se transformait en tornade quand il sentait dans sa main le contact d’un pinceau et l’odeur de peinture lui collant au museau. »

Au sein de l’exposition, la qualité du travail de Juanjo Guarnido est révélée, grâce à ses crayonnés, ex-libris  et planches originales, exposés dans les différentes vitrines, notamment pour la réalisation du 4è Tome de  « Blacksad »« L’Enfer, le Silence », édité, en 2010, par « Dargaud ». Alors qu’en 2021, nous n’avons connu aucun carnavalni en Belgique, ni en Louisiane, grâce à cet album et à la présente exposition, nous plongeons au coeur chatoyant du « Mardi-Gras » à New Orleans.

Synopsis : « Années 1950, La Nouvelle-Orléans, où la fête de ‘Mardi Gras’ bat son plein. Grâce à Weekly, un producteur de jazz, dénommé ‘Faust’, qui fait la connaissance de ‘John Blacksad’. ‘Faust’ demande à ce dernier de s’occuper d’une affaire : un de ses musiciens, le pianiste ‘Sebastian’, a disparu. Il n’a pas donné signe de vie depuis des mois, mettant en péril le label musical privé d’une star. ‘Faust’raient que ‘Sebastian’ ait, une fois de trop, sombré dans la drogue. Sa requête est d’autant plus pressante que ‘Faust’ se sait atteint d’un cancer. ‘John Blacksad’ accepte la mission et découvre peu à peu que ‘Faust’ ne lui a pas tout dit… » 

New Orleans étant réputée pour le jazz – pensons notamment à un lieu célèbre du « French Quarter », le « Preservation Hall », fondé il ya 60 ans –, Juanjo Guarnido & Juan Dias Canales rendent hommage, via les clubs, les musiciens de rues ou les chansons, à l’âme musicienne de la Ville, mettant en image des scènes remarquables aux couleurs éclatantes,… même si la drogue fait ses ravages, au coeur de l’intrigue de « L’Enfer, le Silence », un album qui obtint, en 2011, à Müchen, le « Prix de la meilleure Bande dessinée européenne ».

Notons, pour continuer dans l’esprit festif du carnaval, que, pour fêter dignement « Blacksad », à l’occasion de ses 20 ans et les 25 ans de la librairie bruxelloise « Brüsel », cette dernière a eu la bonne idée de nous proposer une « Cuvée Blacksad » (vin de Bordeaux « Graves 2016 »), en provenance d’une commune française répondant au nom évocateur de Saint-Emilion,… ce vin rouge étant, bien sûr, à déguster avec modération.

Notons que les étiquettes de ces bouteilles rejouiront tant les oenologues que les amateurs de BD, puisqu’elles sont dessinées par Juanjo Guarnido a, qui n’en n’était pas à son coup d’essais, puisqu’il avait, au préalable, déjà illustré des étiquettes pour des bouteilles de  Maurice Zufferey, un vigneron suisse du Valais, ainsi que pour des« Bordeaux » du « Domaine du Château Clos du Mayne ».

Mais revenons à l’expo du « CBBD’, avec le 5è tome« Amarillo », édité en novembre 2013, par « Dargaud », dans lequel nous passons de la Louisiane au TexasAmarillo étant une Ville, qui, située au nord de cet Etat, est traversée par la célèbre « Route 66 », ce « road movie » dessiné nous permettant de vivre une poursuite automobile sur les routes du Nouveau-Mexique, du Colorado et de l’Illinois.

Synopsis : « ‘Weekly’ doit quitter La Nouvelle-Orléans, y laissant ‘John Blacksad’, qui préfère rester pour chercher du travail sur place. Par chance, celui-ci croise justement un riche Texan qui lui propose de ramener sa voiture chez lui : un boulot simple et bien payé ! ‘John Blacksad’ accepte, mais, dans une station-service, il se fait voler la voiture par ‘Chad Lowell’ et 'Abe Greenberg', deux écrivains beatniks qui cherchent à rejoindre Amarillo,  au Texas… » 

Dans leur pays, l’Espagne, pour « Amarillo », les deux auteurs obtinrent, en 2014, le « Prix national de la Bande dessinée » et en 2015, le « Grand-Prix », au « Festival de la BD d’Ajaccio ».

Sachant que les textes des 5 tomes, rédigés en espagnol par Juan Dias Canales, ont été traduits en français par Juanjo Guarnido, notons que les deux auteurs remportèrent de nombreux autres Prix, dont trois au « Festival international de la Bande dessinée d’Angoulème », ceux, en 2000, de l’« Aph-Art Coup de Coeur », pour  « Quelque Part entre les Ombres », en 2006, « de la Série », pour « Blacksad », et, en 2004, « du dessin »  (pour Juanjo Guardino seul) et « du Public », pour « Artic Nation », le tome 2 de « Blacksad », qui avait remporté, en 2004, à Bruxelles, le « Prix Saint-Michel du meilleur album francophone », ainsi qu’en 2005, à  New-York, le « Prix Harvey du meilleur Album original ». En 2011, 2013 et 2015, 3 « Prix Harvey de la meilleure édition américaine d’une œuvre étrangère » leur furent attribués, pour le tome 3 « Ame rouge », puis le tome 4 « L’Enfer, le Silence » et le tome 5 « Amarillo ».

Toujours aux Etats-Unis, à San Diego, ils reçurent 4 « Prix Will Eisner », dontpour Juanjo Guardino seul« du meilleur peintre ou artiste multimédia », en 2011 et 2013, pour « Ame Rouge », puis « L’Enfer, le Silence », et,  à eux deux, en 2013 et 2015, 2 « Prix Will Eisnerde la meilleure édition américaine d’une œuvre internationale », pour « L’Enfer, le Silence », puis « Amarillo ».

Revenons à l’exposition qui se poursuit avec un autre hérosPablos de Ségovie, à une autre époque, au XVIè siècle, en d’autres lieuxen Amérique latine et en Espagne, avec un autre scénaristele Français Alain Ayroles  (°Saint-Céré/1968), et un autre éditeur, « Delcourt »

Dans une scénographie des plus exotiques, incluant une sorte d’espace muséal, avec la mise en valeur d’armes et d’objets diverscensés être historiques, nous voici plongés au sein des « Indes Fourbes », inspirées du roman « La Vie de l’Aventurier Don Pablos de Ségovie » (Ed. « Gallimard », Coll. « Bibliothèque de la Pléiade »/Paris/1968), d’El Buscón de Francisco Gómez de Quevedo y Villegas (1580-1645).

« Les Indes fourbes » permirent à leurs deux auteurs de remporter, en France, en 2020, le « Prix des Libraires de BD », ainsi qu’en 2019, le « Grand-Prix RTL de la BD » et le « Prix Landerneau », ce dernier leur ayant été remis par Régis Loisel, qui déclara : « 'Les Indes fourbes' représentent l’alliance extraordinaire de la truculence du récit d’Alain Ayroles et de la flamboyance du dessin de Juanjo Guarnido, ce qui fait le bonheur du lecteur. Une véritable prouesse graphique ! »

Synopsis : « 'Les Indes fourbes’ est le récit que livre Pablos de Ségovie, une fripouille sympathique, de ses aventures picaresques, en Amérique latine, encore appelée, à cette époque, « Indes occidentales ». Don Pablos de Ségovie parcourt ce continent tout neuf, du moins pour les Occidentaux, des montagnes de la Cordillère des Andes à la jungle d’Amazonie, à la recherche du mythique Eldorado. Tour à tour misérable et richissime, adoré et haï, il connaît autant les bas-fonds que les Palais. Parvenu à détourner l’argent des impôts de la couronne d’Espagne et fortune ainsi faite, il revient au pays, et finit par fréquenter la cour, où il se rend indispensable au Roi… » 

Critique de « Le Tourne Page » : « Tour à tour misérable et richissime, adoré et conspué, les tribulations de  Pablos de Ségovie le mèneront des bas-fonds aux Palais, des pics de la Cordillère aux méandres de l’Amazone, jusqu’à ce lieu mythique du Nouveau Monde : l’Eldorado !… Le sommet de l’album ? Douze planches (56 à 67) absolument muettes, sans aucun texte, une narration visuelle fascinante avec, en plein centre, une formidable double page à l’aquarelle où Guarnido explose sa palette à coup de couleurs vives. »

Critique de Benoît Cassel, pour « BD Planète » : « Lorsque l’un des plus brillants dialoguistes du 9è art s’associe à l’un des plus virtuoses dessinateurs du même artisanat, cela ne peut aboutir qu’à une œuvre d’exception…  Ayroles n’a pas son pareil pour brouiller les pistes et néanmoins accrocher son lecteur autour d’une intrigue aussi précisément documentée dans son contexte que folklorique dans ses contrecoups… La mise en scène chatoyante de Juanjo Guarnido n’est pas en reste, avec ses paysages grandioses, ses batailles détaillées, ses expéditions moites, ses salons cossus, ses villages sauvages, ainsi qu’une double planche d’anthologie sur le fantasme de l’Eldorado. »

Critique de Alexis Seny, pour « Branché Culture » : « 1kg280, voilà un beau bébé accouché après dix années de labeur mené dans le souci d’amuser le lecteur. Comme au cinéma. Alain Ayroles et Juanjo Guarnido livrent avec  ‘Les Indes Fourbes’, une étonnante aventure, retournant aux sources du picaresque, cherchant l’Eldorado et retrouvant le Nouveau Monde sauvage et en armure par l’intermédiaire de Don Pablos de Ségovie. 160 pages intenables et exaltantes, malignes et fourbes, aventureuses comme jamais, autour desquelles nous avons rencontré longuement deux auteurs qui étaient fait pour se rencontrer, honnêtes dans leur fourberie… Le sommet de l’album ? »

« Nos aventures les plus cuisantes peuvent se muer, sous la patine des ans, en de savoureuses anecdotes… Je vais une fois de plus distiller mes larmes, pour en ôter l’amertume, et ne conserver que le brillant », sont des paroles que le scénariste, Alain Ayroles, prête à Pablos de Ségovie.

Avec ce dernier, nous revivons le Siècle d’Or espagnol et la conquête du Nouveau Monde, territoire riche de ressources et de surprises… Une oeuvre magistrale de plus pour ce brillant dessinateur qu’est Juanjo Guarnido, qui avait fait le déplacement à Bruxelles, pour le vernissage de l’exposition du « Musée de la Bande dessinée ».

… Une exposition qui se termine par d’autres travaux de cet artiste, dont une bande dessinée nommée  « Sorcelleries »scénarisée par Teresa Valero (trois tomes édités par « Dargaud », de 2008 à 2010)… 

… Ceci sans oublier « Voyageur », un projet de science-fiction dont il réalise les couverturescollaborant au scénario du dernier tome, qu’il dessine entièrement (albums édités par « Glénat », de 2007 à 2011). .

N’oublions pas son hommage à son collègue dessinateur Régis Loisel,Saint-Maixant-l’Ecole/1951), lauréat, notamment, en 2017, du « Prix Saint-Michel de la Presse »à Bruxelles, en 2003, du « Grand-Prix du Festival international de Bande dessinée »à Angoulème », en 1992, du « Prix Max et Moritz de la meilleure Publication de Bande dessinée »à Erlangen, sans oublier, en 1992 et en 1995, 2 « Alph-Art du Public », à Angoulême.

Dans un genre différent, nous découvons son clip d’animation « Freak of the Week », présentant le groupe musical suédois d’ "heavy metal" « Freak Kitchen », fondé en 1992.

Ouverture jusqu’au dimanche 16 mai, du mardi au dimanche, de 10h à 18h (entrées à 17h/ouverture tous les jours durant les vacances de Pâques). Prix d’entrée : 12€ (9€, pour les 12 à 25 ans et à partir de 65 ans / 5€, pour les 06 à 11 ans / 0€, pour les moins de 5 ans et pour un accompagnateur par groupe de 15 personnes / 32€, pour 2 adultes et 2 enfants). Prix par personne pour les groupes : 4€, pour les 06-11 ans (pour les autres catégories d’âge prendre contact, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire, qui impose le port du masque bucal pour chaque visiteur, à aprtir de 12 ans, de mpême que le respect d’une distance physique d’1m50 entre chaque personne ou chaque « bulle »). Contacts : 02/219.19.80 et visit@cbbd.be (du mardi au vendredi, de 10h à 18h). Site web http://www.cbbd.be.

A souligner que le prix d’entrée inclut l’accès aux collections permanentesainsi qu’à deux autres expositions temporaires, « Midam, Itinéraire d’un Kid de Bruxelles », accessible jusqu’au dimanche 29 août, et « Nous étions Ennemis »jusqu’au dimanche 27 juin.

Yves Calbert.

 

  • Une planche du 1er tome © Juanjo Guarnido & Juan Dias Canales/Éd. « Dargaud »/2000
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