Le "Grand-Prix" du "Festival Int. Nature-Namur", sur "Ushuaïa", ce 29/11, à 15h15

écrit par YvesCalbert
le 23/11/2020

Ce prochain dimanche 28 novembre, à 15h15, sur « Ushuaïa », nous pourrons (re)vivre un grand moment du 26è   « Festival International Nature-Namur » (« FINN »), en (re)voyant le film lauréat du « Grand-Prix » de ce Festival – qui compte parmi les 5 plus importants festivalls européens consacrés à la nature -, « Quand les Baleines et les Tortues nous montrent le Chemin » (Fra./2019/54′), réalisé par le cinéaste réunionnais, natif de MarseilleRémy Tézier.

Notons qu’en 2020, 518 films  avaient été reçus en soumission, issus de 82 nationalités, la sélection officielle  ayant permis à 31 films d’être soumis aux jugements du Jury et du public, chacun étant projeté à deux reprises, à  Namur  , ainsi qu'une 3è fois, sur le site de « Terra Nova », à la Citadelle, le samedi 17 octobre, à l’occasion de la Soirée de Remise des Prix aux lauréats de la « Compétition des Films professionnels » , présentée par le président du « FINN »réalisateur-animateur du « Jardin Extaordinaire » de la « RTBF »Tanguy Dumortier.

Maintenant, c’est chez nous, bien au chaud, que nous pourrons nous (re)plonger dans les eaux de la Réunion, en écoutant la voie mélodieuse de l’actrice namuroise Cécile de France, engagée pour la préservation de l’environnementlauréate de deux « César », en 2000, « du meilleur Espoir féminin », pour « L’Auberge espagnole »  (Cédric Klapisch/Fra.-Esp./2002/122′) et, en 2006, « de la meilleure actrice dans un second Rôle », pour « Les Poupées russes » (Cédric Klapisch/Fra.-U.K./2005/125′), ainsi que, en 2007, du « Bayard de la meilleure Comédienne », au « Festival international du Film Francophone » (« FIFF »), à Namur, pour « Où est la Main de l’Homme sans Tête » (Guillaume Stéphane Malendrin/Fra.-Bel./2009/104′) ou encore, en 2008, du « Globe d’Argent de la meilleure Actrice », à Paris, pour « Un Secret » (Claude Miller/Fra.-All./2007/ 100′), elle est, également, l’actrice principale de Jean-Pierre et Luc Dardenne, pour leur film « Le Gamin au Vélo » (Bel./ 2011/87′), qui, en 2011, remporta le « Grand-Prix », au « Festival de Cannes ».

Au © « Figaro », elle déclara : « Quand Rémy Tézier m’a proposé ce projet, j’ai tout de suite accepté, ayant déjà réalisé la narration de 'Blue', le film de 'Disneynature' (USA/2018/78’/ndlr), qui met en scène la fragilité de l’écosystème sous-marinJ’aime, face à un micro, que ma voix soit un canal émotionnel et informatif. Et ce projet porteur d’espoir change des autres films alarmistes. »

De son côté, Rémy Tézier confia : « Je voulais une voix féminine pour la narration parce que le film traite de la vie et de la naissance ».

Notons encore qu’ayant reçu les insignes de « Commandeur du Mérite wallon », en 2018, Cécile de France, la même année, signa, avec sa colègue française Juliette Binoche, une tribune contre le réchauffement climatique,  intitulée « Le plus grand Défi de l’Histoire de l’Humanité », qui fit la « Une » du journal « Le Monde »sous le titre « L’Appel de 200 Personnalités pour sauver la Planète », ceci afin de nous prouver que le choix de sa voix, pour nous commenter un tel documentairen’est aucunement l’effet d’un simple hasard

… Mais dans le présent film, « Quand les Baleines et les Tortues nous montrent le Chemin », les deux « stars » sont un baleinau (« Ti Bouchon »), accompagné de sa maman, et une petite tortue marine (« Petite Cabosse »).

Synopsis : « Depuis quelques années, les baleines à bosse et les tortues marines sont de retour dans les eaux de  la Réunion. Un formidable espoir pour la bio-diversité et un bel exemple pour la planète. Pourquoi les baleines à bosse et les tortues marines fréquentent-elles à nouveau les eaux réunionnaises qu’elles avaient désertées ? Pour comprendre le phénomène, ce documentaire suit le quotidien d’un jeune baleineau, de sa naissance à la Réunion  à son départ pour l’Antarctique, et d’une tortue verte qui a grandi sur le récif corallien et s’apprête à repartir vers son île natale pour se reproduire. Dans leur sillage, il donne la parole à des photographes, naturalistes et scientifiques qui oeuvrent à leur protection… »

En juin 2019, à l’occasion de la « Journée mondiale de l’Océan », dans le cadre du 5è « Festival de l’Image sous-marine », le réalisateur réunionais Rémy Tézier déclarait, au micro de © Manuel Yepes, pour le « 12h30 »   d’ « Antenne Réunion » :

« Ce qui est important c’est que l’on continue à aller voir les baleines et que l’on puisse continuer à aller nager avec elles. Quand vous voyez une baleine sous l’eau, vous devenez le premier ambassadeur des océans. Vous allez entrer dans une approche de protection de l’environnement. Voir les baleines sous l’eau est quelque chose de rare. J’ai tourné pendant deux saisons avec les baleines, je n’ai jamais su à l’avance si j’allais être accepté. Quand l’animal m’acceptait je restais avec lui. À l’inverse quand la baleine ne voulait pas que je m’approche, elle s’éloignait avec son baleineau. »

« Le but de ce documentaire, tourné dans les eaux de la Réunion est de montrer que tout n’est pas perdu. Quand j’y suis arrivé, en 1990, il n’y avait pas de baleine et très, très peu de tortues. Alors qu’on déplore un effondrement de la biodiversité, à la Réunion, on voit que ce n’est pas foutu. Ces baleines et ces tortues à la Réunion sont un cadeau. Prenant le temps de les observer, il m’arrive d’en avoir les larmes aux yeux… Il faut, sur la planète, des ‘hotspots’, où l’homme est absent et la nature souveraine. »

Depuis 2004, les Réunionnais.es ont, ainsi, assisté à ce retour inespéré dans leurs eaux, des baleines à bosse et à un nombre toujours plus grand de tortues marines, ces dernières bénéficiant, depuis 2006, de la présence de l’ observatoire « Kélonia », un centre de recherche, d’intervention et de soins, consacré aux tortues marines, sis au nord-ouest de l’îleen bord de merà proximité de la Ville de Saint-Leu.Et, si nous sommes charmés par le balais aquatique que nous offrent « Ti Bouchon » et sa maman, soulignons que nous sommes marqués par des images nous montrant tout ce que l'on retrouve dans les déjections des tortues marines, incluant beaucoup de plastique, ou encore d'assister à l'extraction d'un hameçon qui aurait pu tuer l'une d'entre elles, une tortue adulte ayant dû être amputée d'une nageoire, par la faute d'un fil de pêche en nylon.

Devenue une proie trop facile pour ses prédateurs, cette tortue marine poursuivra son existence dans un bassin de « Kélonia »une trentaine de tortues marines étant sauvées, chaque année, grâce à l’intervention du personnel de cet observatoire, tous les Réunionnais accordant une grande importance à la préservation de cette espèce marine qui avait pratiquement disparu des eaux de leur île.

Quel contraste entre cette mignonne petite tortue marine et cette maman baleine, longue de 15 mètres, dont le poids est évalué à… 25 tonnes, ce qui ne l’empêche pas d’osciller gracieusementcomme la plus légère des danseuses étoilesaux côtés de « Ti Bouchon », son baleinon de7 tonnesqui, déjà long de 6 mètres, grandit de 3 à 4 cm par tranche de 24 heures.

De son côté, « Petite Cabosse » – dont les écailles de sa carapace sont régulièrement lustrées par les bisous des poissons – évolue toujours seule, une maman tortue disparaissant en mer, directement après avoir placé ses oeufs dans le sable, ce qui nous permet de (re)voir une trentaine de toutes petites tortues qui, les oeufs à peine éclos, sentant l’appel du large, tentent d’échapper à leurs prédateurs pour gagner l’eau au plus tôt

Comment Rémy Tézier pouvait-il reconnaître « Petite Cabosse » des autres tortues marines ? Grâce à des photos de leurs têtes, qu’il réalisa lors de leur première rencontre, la disposition de leurs écailles étant propre à chacune d’entre elles.

En mai 2020, alors que ce documentaire, aux images exceptionnelles et au message porteur d’espoir, était programmé par « Arte », © Chloé Gurdjian, pour « Géo », receuillait les impressions de ce même Rémy Tézier « Le dernier documentaire que j’avais fait était sur les attaques de requins, un documentaire qui a été difficile. Du coup, j’ai ensuite voulu faire un documentaire qui soit positif sur l’environnement. Je pense que c’est en montrant des solutions qui fonctionnent qu’on pourra changer les points de vue et la façon de fonctionner des gens. En cherchant un sujet, je me suis rappelé qu’à mon arrivée à la Réunion, il y a 30 ans, il n’y avait quasiment pas de tortues, et pas de baleine. Et elles sont de retour ! Je me suis dit que c’était extraordinaire, avec des animaux emblématiques des océans. »

« Il faut passer beaucoup de temps sous l’eau car c’est l’animal qui décide s’il veut bien accepter notre présence. Il y a des jours où vous ne ramènerez aucune image, et d’autres où vous ferez des rencontres extraordinaires. De plus, j’utilise un recycleur, qui recycle l’air, et non des bouteilles de plongée. Grâce à cela, je ne fais pas de bulles ni de bruit. Pour les baleines, les bulles sont synonymes d’agressivité. Quand il y a des compétitions entre mâles, ils font des lâchés de bulles. Les femelles le font aussi quand les mâles sont trop entreprenants. Donc si vous arrivez sous l’eau avec vos bouteilles qui font des bulles, vous ne risquez pas d’approcher une baleine ! »

« Moment exceptionnel, un jour, j’ai vu deux lignes blanches au fond. En fait c’était le bord des nageoires pectorales. Je suis allé voir, à 40 m de profondeur, et je suis tombé sur une baleine qui s’est mise à danser devant moi sur le sable. C’était très fort. Sans doute aussi quand le baleineau tête sa mer, le lait étant mélangé à l’eau de mer, ça c’est extraordinaire. Ou quand les tortues vont pondre sur la plage. Ces animaux existent depuis des millions d’années, et, déjà à l’époque, elles se reproduisaient comme ça. Alors d’assister à ça, on a l’impression d’être en lien avec tout le passé de la terre. »

« La relation entre la baleine et son petit ressemble à une relation qu’une mère pourrait avoir avec son enfant. Il y a toute une relation charnelle qui se crée avec le baleineau. La mère va toujours surveiller son petit. Elle se repose souvent entre 10 et 20 m de profondeur, alors que lui reste en surface car il a besoin de souvent respirer. Mais elle ne quitte pas son baleineau des yeux. Et si jamais vous vous mettez entre le petit et sa mère, vous pouvez être sûr qu’elle va venir vous dire que c’est fini. Il y a toujours une relation sonore qui s’établit entre les deux. C’est un chant qui n’a rien à voir avec celui des mâles adultes. Les eaux de la Réunion sont assez claires, mais lorsqu’ils partiront vers l’Antarctique, ce ne sera plus le cas. Donc il faut que le baleineau puisse toujours entendre sa mère. Dès qu’il est séparé de sa mère, il est perdu. »

« Par ailleurs, la Réunion a toujours été connue comme l’île aux tortues. Quand les premiers navigateurs sont arrivés, il y avait énormément de tortues. Ils faisaient escale sur l’île pour se ravitailler en tortues, ce qui leur assurait de la viande fraîche pendant plusieurs mois. Quant aux baleines, c’est une joie pour toute la société. La Réunion est en plus l’un des derniers endroits au monde où l’on peut se mettre à l’eau avec elles. Si vous croisez l’œil d’une baleine, vous vous en souviendrez toute votre vie. Voir ces animaux crée une vraie reconnexion à la nature. »

« Par contre, toujours plus inqiétant, les courants équatoriaux nous amènent plein de plastique. Ils viennent d’Indonésie et d’ailleurs. C’est un problème difficile. Les tortues peuvent mourir d’occlusion intestinale car elles ont ingéré trop de plastique, ou elles n’arrivent plus à descendre sous l’eau. Et c’est aussi problématique pour les baleineaux, qui s’entraînent à remonter en surface en ouvrant la gueule. Sans oublier les hélices des bateaux qui peuvent les blesser. »

« Pour en revenir au positif, un de mes projets de tournage est de savoir ce que ce baleineau, qui est né à la Réunion, va faire après, où il va aller, et comment ça va se passer. Et cette tortue qui a grandi à la Réunion, va retrouver son île de naissance, qu’elle n’a pas vu depuis 20 ans. Comment va-t-elle la retrouver ? Je trouve que le mode de vie de ces animaux remet l’homme à sa place. »

Soulignons que le cinéaste français Rémy Tézier, réunionnais depuis 1990, a dirigé deux collections de documentaires pour la télévision« Aventure & Découverte »  et « Les Iles Oubliées ». Outre sa passion pour la mer  au large des îles Maurice, de la Réunion et Eparses, ses dernières sises dans le canal du Mozambique -, nous le découvrons, également, à la montagne, notamment avec son film « Au delà des Cimes » (Fra./2007/80′), qui, guidé par l’alpiniste Catherine Destivelle, obtint, en 2007, le « Grand-Prix » et le « Prix du Public », au 24è « Festival international du Film de Montagne »à Autrans, ainsi qu’en 2009, le « Prix du meilleur Long-Métrage de Montagne », au « Banff Mountain Film Festival »en Province d’Alberta, au Canada.

De la montagne revenons à la mer, au large de l’île de la Réunion, afin d’enfiler nos tenues de plongée sous-marine. Ainsi, depuis notre salongratuitement, pendant 54′, nous rejoignons « Petite Cabosse » et « Ti Bouchon », grâce à ce documentaire envoûtant, contant l’histoire qui unit les hommes et ces incroyables créatures marinesune véritable ode à la nature et à sa biodiversité… A (re)voir, assurément !…

Yves Calbert.

 

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