"Marche-sur-Meuse. Que s'écoule le Temps ... et passent les Dames", au "TreM.a", jusqu'au 15 Mars

écrit par YvesCalbert
le 01/03/2026

La « SAN » (« Société Archéologique de Namur »nous invite, jusqu’au dimanche 15 mars, à découvrir  « Marche-sur-Meuse. Que s’écoule le Temps … et passent les Dames », à Namur, au « TreM.a » (« Musée des Arts anciens du Namurois »), cette exposition temporaire inédite étant consacrée à un pan méconnu de l’histoire monastique  féminine, celui de « L’ Abbaye Notre-Dame du Vivier », nichée à Marche-les-Dames.

Implantée sur la rive gauche de la Meuse, Marche-les-Dames, section de la Ville de Namur, depuis 1977, trouve vraisemblablement son origine dans le ruisseau de la Gelbressée, qui prend sa source à Marchovelette, avant de se jeter dans la Meuse. Ce cours d’eau, dénommé anciennement Marka, aurait servit, au sein du Comté de Namur, de limite entre Namur le bailliage de Wasseiges.

Les diverses appellations retrouvées dans les textes : Marcha, Marche, Marche sur Meuse, Marche sur Moise,  Marche sor Mouse, N. D. deleis Marche, Mage le Damme, Mars les dames, … font toutes référence à ce cours
d’eau, qui jouera un rôle central dans le développement de ce vallon humide et inhospitalier.

Après avoir situé cet abbaye cistercienne sur 3 anciennes cartes géographiques, nous découvrons, entre autres, trouvée dans une grotte, sise à proximité du lieu où fut découvert, le 14 février 1934, le corps du roi Albert 1er (1909-1934),une canine ... d’ours & une tête de fémur d’un … lion des cavernes, datant du paléolithique, une période préhistorique s’étant achevée il y a 11.700 ans.

Prêtée par l’ « Abbaye de Mariënlof », à Kerniel, une section de la ville belge deTongres-Looz, nous trouvons, derrière une sculpture en bois de chêne, de Saint-Bernard, une huile sur bois, de 180 x 127 cm, peinte en1635, nous dévoilant les visages de 33 moniales cisterciennes.

Selon les plus anciens textes conservés, leur premier monastère semble lié au village de Tillier, une section de l’actuelle Ville de Fernelmont. Il portait le nom de Vivier Sainte-Marie. Tout en possédant déjà une maison à Marche sur Meuse, leur l’installation définitive de l’abbaye en ce lieu n’aurait eu lieu qu’autour de 1247, le site de Tillier ne  répondant sans doute pas aux strictes normes cisterciennes, cet abbaye n’étant officiellement intégrée à l’Ordre  cistercien qu’en 1263.

Bien que retirées au cœur de leur vallée, les moniales cisterciennes jouaient un rôle important dans la vie des villages alentour, le monastère constituant un véritable centre économique & social, générant desemplois, soutenant les pauvres & accueillant de nombreux visiteurs, dans un espace réservé aux hôtes.

A l'occasion de la visite de presse, Aurore Carlier, conservatrice et gestionnaire des collections de la "SAN", nous confia : « L’abbaye Notre-Dame du Vivier a produit et conservé un patrimoine remarquable, d’une grande diversité et d’une immense valeur symbolique. Montrer ces œuvres aujourd’hui, c’est redonner voix à une communauté de femmes, qui a façonné la vie religieuse, culturelle et sociale du Namurois, pendant plus de six siècles. »

De son côté, Cédric Visart de Bocarmé, président de la "SAN", nous rappela le caractère unique du lieu : « Dans ce vallon humide et inhospitalier, de prime abord va s’établir au XIIIe siècle une communauté de femmes qui y vivront en recluses, dans le recueillement et la prière, suivant les règles des Cisterciens. Le site - une vallée traversée par un cours d’eau, bordée de bois, retirée du monde tout en restant accessible par les voies de communication - se prête idéalement à leur mode de vie, répondant aux critères de l’Ordre. »

Attestant du côté inhospitalier de ce lieu, A. Benoit-Faber, ingénieur du prince Antoine d’Arenberg (1826-1891), écrivait, en 1849, évoquant le site, perdu en pleine nature, de Marche-les-Dames, en ces termes : "... si la main de l’homme s’était quelquefois fait sentir dans ces lieux, ce n’avait guère été que pour y exercer la rapine ou le meurtre".

Parmi les objet qui nous sont présentés notons le « Repos de Jésus », dit « Jésueau » (12,5 x 11,5 x 8 cm), du début du XVe siècle, réalisé en argent coulé, repoussé et ciselé, propriété de la « SAN », reconnu comme « Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles ».

Du « Maître de Marche-les-Dames », nous admirons le « Cycle de la Passion », un triptyque (78 x 184,5 cm, avec encadrement) de 1580-1590, dont le panneau de droite, nous montre le Christ portant sa croix & une moniale, en robe blanche, alors qu’un second tryptique (68 x 149 cm) de 1570-1590, du même artiste, nous montre une soeur converse, en habits sombres, prévus pour les travaux manuels.

De fait, les tâches manuelles sont confiées aux conversi (frères laïcs) et conversae (sœurs laïques), qui quittent villes et villages pour mener une vie religieuse, à l’abbaye. Liés par un vœu d’obéissance à l’abbesse, elles & ils forment un groupe distinct, logeant séparément, priant dans un espace réservé de l’église et portant un habit sombre.

Si cette place accordée à l’image peut paraître paradoxale au sein d’un ordre prônant l’austérité, une certaine  souplesse émerge dès le XIIIe siècle, surtout dans les communautés féminines. L’image y devient un outil précieux de méditation & d’enseignement, conciliant ainsi spiritualité cistercienne & sensibilité artistique.

Outre des bourse à reliques, nombre de dessins, objets liturgisues, peintures & sculptures, d’importantes chartes & , autres documents  nous sont présentés. Ainsi, dans la dernière salle, sous le portrait (1744/97,5 x 81,5 cm) –récemment restauré (une  vidéo nous détaille les étapes de cette restauration), de Louise de Fumal (1695-1769), 15e abbesse de l’abbaye  (1743-1769), nous découvrons la lettre patente, signée de la main de l’impératrice Marie-Thérèze d’Autriche (1717-1780) la désignant, le 1er février 1744, comme abbesse de « Notre-Dame du Vivier », un second document, également exposé, confirmant cette nomination, signé par l’abbé de l’abbaye d’Aulne, en sa qualité de père-immédiat.

Terminant notre visite, nous découvrons – outre un ostensoir soleil, en argent vermeil, avec pierres précieuses &  semi-précieuses – une patène et un calice, en argent partiellement doré, offerts à l’occasion de la nomination, en 1769, de la dernière abbesse, Josephe de Boron, alors que l’abbaye ne comptait plus que huit moniales & trois converses.

En 1969, la Région wallonne a classé l’abbaye Notre-Dame du Vivier, à Marche-les-Dames, en tant que  « Monument patrimonial », le Gouvernement wallon l’intégrant, en 2022, au sein de la « Liste du Patrimoine immobilier exceptionnel de la Région wallonne ».

La visite de cette intéressante exposition peut se compléter – au sein du bâtiment historique, l’ « Hôtel de Maître de Gaiffier d’Hestroy et de Tamison », édifié vers 1730-1745 – par une (re)découverte des collections permanentes :  le « Trésor d’Oignies », du frère Hugo (1178- 1240) et de son atelier, un joyau d’orfèvrerie du XIIIè siècle, les 32 pièces qui le composent ayant été classées, en 2010, comme « Trésor de la Communauté française », ce  « Trésor » ayant connu un exceptionnel succès lors de sa récente exposition au « Musée de Cluny », à Paris ;  les  peintures du paysagiste mosan, né à Bouvignes, Henri Bles (vers 1500-après 1550) ; sans oublier, au 1er étage,  des sculptures du XIIè au XVIè siècle.

Ouverture du « TreM.a » : jusqu’au dimanche 15 mars, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée : 8€ (4€, pour les étudiants, chaque membre d’un groupe & dès 65 ans/0€, pour les moins de 12 ans & les « Art.27 »). Carnet du Visiteur (édité par laProvince de Namur/Cédric Lamonde-Boulet &Aurore Carlier/broché/ 64 p.) : 10€.  Catalogue  (édité par la « SCAN »/sous la coordination d’Aurore Carlier/cartonné/320.) : 45 €. Contacts : 081/77.65.79 &  accueil.maan@province.namur.be. Sites web :                                        https://www.museedesartsanciens.be/evenements/marche-sur-meuse/ & http....

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