« Archives de la Police Judiciaire. De beaux Assassinats », au « Musée de la Photographie », à Mont-sur-Marchienne, jusqu’au 17 Mai

écrit par YvesCalbert
le 05/04/2026

Jusqu’au dimanche 17 mai, le « Musée de la Photographie », à Mont-sur-Marchienne, nous propose, entre autres expositions, un sujet particulier, faisant appel aux « Archives de la Police Judiciaire », à Liège, nous relatant, par l’image, « De beaux Assassinats », … pour autant que nous puissions écrire qu’un assassinat soit … beau !!!

Laurence Druez, Docteur en Histoire de l’ « Université de Liège », cheffe de travaux, aux « Archives de l’Etat », à Liège, écrit : « L’exposition ‘De beaux Assassinats’ plonge dans l’univers énigmatique des reconstitutions de scènes de crime, à travers des photographies issues des archives de la Police judiciaire de Liège déposées aux ‘Archives de l’État’. Ces clichés, initialement réservés à l’enquête, capturent des instants suspendus, où suspects, témoins et enquêteurs rejouent les gestes du drame dans des décors inchangés, entre intérieurs modestes et paysages quotidiens bouleversés. »

Reconstitution d’un meurtre, rue des Carmes, 13, le 23 février 1942 © « Archives de l’État/Liège »

« Ces images, tantôt glaçantes, tantôt incongrues, invitent le spectateur à s’interroger sur la frontière entre réel et représentation, et sur la façon dont la photographie recompose et jauge la réalité du crime. Ce n’est certes pas le moindre paradoxe de ces images qui viennent après, pour dire l’avant, ces photographies mimant la vérité pour tenter de l’atteindre. »

© « Archives de l’État/Liège »

Ainsi, « la photographie joue un rôle central : elle fixe ce que la mémoire déforme ou oublie, transformant la violence en une étrange théâtralité, entre roman-photo et fiction tragique. »

 » ‘De beaux Assassinats’, … une plongée dans l’ombre du drame, où le tragique le dispute à l’esthétique. »

Que chacun soit rassuré, pas question, ici, de dévoiler l’horreur crue de ces crimes, cette exposition particulière se concentrant sur l’absurdité et le froid réalisme de ces mises en scène.

L’occasion, aussi, pour les jeunes visiteurs de découvrir, essentiellement en noir et blanc, une Belgique datée des environs des années 1950, avec ses anciens uniformes de l’ex-gendarmerie & voitures de l’époque.

Côté scénographie, notons la présence, au centre de la salle, d’un authentique bureau en bois, avec son ancien téléphone fixe & ses divers documents, tel qu’on les trouvaient, autrefois, dans un commissariat de police, là où un agent était prêt à attendre nos dépositions.

Evoquant l’historique de la « Police technique et scientifique » de Liège, la Dr. Laurence Druez poursuit : « Dès la seconde moitié du XIXe siècle, la photographie devient un outil de police, pour l’identification des suspects. En Belgique, la création de la police judiciaire, près des parquets, en 1919, va offrir un cadre systématique aux photographes judiciaires. À Liège, si un service photographique existe dès 1895, les premiers clichés connus, réalisés par le laboratoire de la « Police technique et scientifique », au cours d’interventions sur le terrain, sont datés de mai 1923. »

« Une collection continue et entièrement répertoriée a été ainsi constituée progressivement et ses négatifs de plus de 30 ans, dont le nombre s’élève à plus de 100 000, ont été transférés aux ‘Archives de l’État’, à Liège, en 2019. Par la vue d’ensemble de l’actualité délictueuse, criminelle ou accidentelle qu’elle procure, durant une grande partie du XXe siècle, sur le territoire des provinces de Liège, de Namur, de Luxembourg et, jusqu’en 1972, de Limbourg, elle constitue un corpus de sources nouvelles pour l’histoire judiciaire, la criminalistique, l’étude de l’évolution de la criminalité, du travail de la police et des méthodes d’investigation des enquêteurs. »

« Ces clichés enrichissent les connaissances dans de nombreux domaines de recherche, tels l’histoire sociale, de l’urbanisme, de l’environnement, des transports ou des techniques, en particulier photographiques. Ils contribuent ainsi à révéler une part de ce que la justice dit de la société. »

Outre la Dr. Laurence Druez, les commissaires de la présente exposition sont Xavier Rousseaux, Docteur en Histoire de l « UCLouvain », directeur de recherche honoraire au « FNRS » (« Fonds Nationaux de la Recherche Scientifique ») & Professeur invité, à l’ « UCLouvain », ainsi que Xavier Canonne,

Autres expositions temporaires, accessibles jusqu’au dimanche 17 mai :

** « Gregory Crewdson. Eveningside » :

Présentée dans la salle principale de rez-de-chaussée, ainsi que dans la première salle de l’étage, cette exposition du travail du photographe américain Gregory Crewdson (°New York/1962) – réalisée en partenariat avec la « Galerie d’Italia », à Turin – témoigne de l’ « Amérique moyenne », des Etats-Unis aux yeux écarquillés vers les lumières d’un rêve en épuisement ».

Lisons se qu’écrit Jean-Charles Vergne (°1972), auteur, commissaire d’expositions, ancien directeur du « FRAC » (« Fonds Régionaux d’Art Contemporain ») – Auvergne : « Ses photographies, mises en scène avec les dispositifs propres au cinéma, ont peu à peu assemblé les fragments d’un monde crépusculaire. Son œuvre est époustouflante dans sa manière d’entremêler une dimension autobiographique au portrait d’une Amérique sans gloire, théâtre d’une humanité rongée par une angoisse sourde, ruisselante d’abattement et d’ennui. Les lumières blafardes et les rues désertées ont été dès l’origine les lieux de prédilection de ses créations, conçues comme des scènes de cinéma pour produire des photographies qui, contre toute attente, demeurent les images de films qui n’existent pas. »

« Cathedral of the Pines » © Gregory Crewdson/2012-2014 / »G. Crewdson Gallery » (Templon)

« Cette exposition réunit des œuvres issues de trois séries, conçues entre 2012 et 2022. Envisagées comme une trilogie, elles déploient une vision inédite sur une décennie de création, dévoilant les deux versants, intime et politique, de l’univers qui a imposé Gregory Crewdson comme l’une des figures majeures de la photographie.  ‘Cathedral of the Pines’ (‘Cathédrale de Pins’) et ‘An Eclipse of Moths’ (‘une Eclipse de Phalènes’) marquent une étape essentielle, en raison de l’intimité dont elles vibrent, cristallisée par les lieux où furent réalisées les images, profondément connectés à la vie du photographe, de sa compagne-collaboratrice Juliane Hiam et de leurs enfants. Cette trilogie, remarquablement clôturée par ‘Eveningside’, révèle les articulations majeures de l’art de Gregory Crewdson, dans une oscillation entre le poétique et le politique, entre la sensibilité pudique d’un homme et le regard qu’il porte sur le ressac frappant un monde imperceptiblement happé par une brutalité lente. »

« Après des expositions à la ‘Gallerie d’Italia’ (Turin, Italie, 2022), aux ‘Rencontres Photographiques d’Arles’ (Arles, France, 2023), au ‘VB Photography Center’ (Kuopio, Finlande, 2024), au ‘Marubi National Museum of Photography’ (Shkodër, Albanie, 2025), c’est au « Musée de la Photographie », à Charleroi, que sont présentées les œuvres de ce photographe considéré comme l’un des plus importants au niveau international. »

Travaillant à New York, Gregory Crewdson est diplômé de « SUNY Purchase College », à New York, et de la « Yale School of Art », à New Haven, où il est maintenant professeur et directeur d’études supérieures en photographie.

Une sélection de ses oeuvres – ayant été exposées en Albanie, en Allemagne, en Autriche, au Brésil, aux Etats-Unis, en Finlande, en France, en Italie, en Pologne, au Royaume-Uni & en Suisse – font partie des collections permanentes, à New York, du « Solomon R. Guggenheim Museum », du « Metropolitan Museum of Art », du « Museum of Modern Art » & du « Whitney Museum of American Art », ainsi qu’à celles de l’ « Albertina Museum », à Vienne, à l’ « Art Institute of Chicago« , à la « Fondation Luis Vuitton », à Paris, au « Los Angeles County Museum of Art », à la « National Gallery of Victoria », à Melbourne, au « San Francisco Museum of Modern Art », …

** « Cyril Albrecht. Hydraulic Empire » :

Débuté en 2019, couvrant treize des 52 Etats américains, « Hydraulic Empire » explore le passé, le présent et les perspectives d’avenir de ce qui est tout simplement, en termes de réalisations technologiques et de richesse créée, le projet de civilisation semi-désertique le plus ambitieux de l’histoire.

Lake Mead, Nevada, 2022 © Cyril Albrecht

Cyril Albrecht, photographe français (°1970), domicilié en Belgique, écrit : « Depuis ma plus tendre enfance, je suis fasciné par l’Ouest américain, ses grands espaces, sa géologie spectaculaire et son puissant symbolisme en tant que terre d’opportunités et de nouveaux départs, ce que Wallace Stegner (1909-1993/écrivain & historien américain, lauréat, entre autres, en 1972, d’un « Prix Pulkitzer de Fiction », ainsi qu’en 1967 & en 1976, de deux « Commonwealth Gold Medals »/ndlr) a qualifié de ‘géographie de l’espoir’. Des décennies plus tard, lors de mes multiples pérégrinations à travers la région, parcourant des étendues immenses et poussiéreuses s’étendant de chaque côté de la route, j’étais frappé par cette caractéristique du paysage : la rareté de l’eau.

« Comment une terre aussi inhospitalière est-elle devenue ce qu’elle est aujourd’hui ? Comment l’Ouest américain – ‘région aride des États-Unis’, selon les termes de John Wesley Powell (1834-1902/explorateur-géologue américain, l’un des fondateurs de la « National Geographic Society »/ndlr) – a-t-il pu devenir le berceau de mégapoles tentaculaires, l’épicentre des principaux vecteurs de l’influence américaine, tels que les industries du divertissement, de la technologie, et l’une des sources principales de produits agricoles, en somme, un pilier de la puissance américaine ? »

« Depuis le texte fondateur du ‘Reclamation Act’, de 1902, une féroce ambition visant à dompter les forces géologiques et hydrologiques d’une région aussi vaste que l’Union Européenne a donné naissance à une infrastructure prométhéenne, financée par le gouvernement fédéral : plus de 12 000 barrages, des milliers de kilomètres de canaux, et des rivières détournées par des stations de pompage gigantesques. »

« Hydraulic Empire » explore certains de ces sites emblématiques ou historiquement significatifs, ainsi que la ‘civilisation de l’oasis’ qu’ils ont rendue possible, dévoilant parfois, au delà des prouesses techniques, les traces subtiles d’une histoire de conflits, de controverses, de répercussions sociales ou de dommages environnementaux. »

« Dans une optique plus prospective, le projet porte ensuite un regard lucide et sans concession sur les perspectives d’une entreprise humaine aussi ambitieuse, motivée à la fois par le défi et le déni, en exposant ses faiblesses, ses déséquilibres fondamentaux et inévitables tensions, exacerbés par le changement climatique. »

« En remettant en question le mythe d’une terre construite par des pionniers indépendants et autosuffisants – en contradiction avec cette infrastructure omniprésente et vitale de contrôle de l’eau, financée par le gouvernement fédéral – ‘Hydraulic Empire’ vise à dévoiler ‘l’envers du décor’ de l’Ouest contemporain, et à susciter une introspection, nécessaire sur notre approche collective de la gestion de nos ressources les plus précieuses. »

Après avoir suivi une formation en mathématiques, en économie et en gestion d’entreprise, Cyril Albrecht a travaillé aux États-Unis, en Europe et au Japon, pendant plus de quinze ans, avant de décider de se consacrer définitivement à la photographie.

Son travail privilégie les images grand format, à forte qualité immersive, combinées à la grande clarté de détails, que permet le médium photographique, sa photographie visant à questionner notre relation au paysage, avec un intérêt particulier pour des problématiques telles que la tension complexe entre le monde naturel et le construit, ou les traces du temps et de l’histoire sur le paysage.

Dans ses séries, il aime souvent combiner des points de vue distincts – vues au sol et vues aériennes, par exemple – afin d’offrir de nouvelles perspectives, qui révèlent et dissimulent à parts égales les différentes facettes d’un lieu ou d’une situation.

** Galerie du Soir : « Baptiste Van Leendert. Fard » :

Jean-Marie Wynants, journaliste culturel pour le quotidien « Le Soir », nous propose découvrir la série « Fard », du jeune photographe belge Baptiste Van Leendert (°Gemmenich/2002), qui nous confie : « La photographie est ma manière de rendre un moment éternel, de m’accrocher aux choses qui me touchent.« 

« Je travaille beaucoup avec de la lumière artificielle et en nature. Deux éléments contradictoires, mais qui me permettent de créer des ambiances singulières, aussi réelles que rêveuses. J’utilise un processus créatif reposant sur mon intuition et mes manques. »

Série « Fard » © Baptiste Van Leendert

« Relecture personnelle de mon village natal, je transforme dans ce projet, ‘Fard’, le réel en un espace magnifié et onirique. À travers la lumière, la couleur et la mise en scène, je documente des ambiances, des paysages en mutation et des souvenirs. »

« En 2022, deux ans après avoir découvert la photographie, j’ai intégré l’« Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc », à Liège, essayant, à travers mon art, de faire voyager le public dans cet univers qui est le mien. D’abord inspiré par une approche documentaire, mon travail évolue vers une errance photographique, puis une dérive influencée par les situationnistes. »

« Mon regard se porte sur l’urbanisme figé, l’ennui des jeunes et la nature comme refuge. Voulant apporter un peu de couleur dans la monotonie des travaux du bâtiment, j’ai joué avec la lumière, qu’elle révèle ou transforme, redonnant vie aux espaces vides et aux instants suspendus. À travers des autoportraits et des compositions surréalistes, j’interroge également la frontière entre solitude et création. »

** Collection permanente :

… Et , profitons de notre présence au« Musée de la Photographie », pour (re)découvrir sa collection permanente, notant que, grâce à sa nouvelle aile contemporaine, ouverte en 2008, ce musée est aujourd’hui devenu le plus vaste et l’un des plus importants musées de la photographie d’Europe, présentant une surface d’exposition de plus de 2 200 m² avec une grande variété de photographies artistiques et techniques.

Collection permanente : reconstitution d’un ancien studio © Photo : Joël Boulanger

Expos temporaires accessibles : jusqu’au dimanche 17 mai, du mardi au vendredi, de 09h à 17h, le samedi & le dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant les collections permanentes) : 8€ (6€, pour les seniors & les membres d’un groupe / 4€, pour les étudiants, enseignants, PMR & demandeurs d’emploi / 1€25, pour les « Art. 27 » / 0€, pour les moins de 12 ans & les étudiants de groupes scolaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles). Prix d’entrée, tous les jours, pour les détenteurs du « muséePASSmuseum », &, pour tous, le dimanche 07 septembre : 0€, pour tous, pour les collections permanentes / 4€, pour l’ensemble des 5 expositions temporaires (2€50, en prix réduit). Prix du Pass annuel : 15€. Contacts : 071/43.58.10. Site web :  https://www.museephoto.be.

© « Musée de la Photographie »

Dès le samedi 23 mai, de nouvelles expositions temporaires nous permettront de découvrir des photographies de Marcel Bascoulard, Michela Cane, Vincent Catala & Alex Schuurbiers.

Yves Calbert.

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Yves Calbert

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