3 années de visites de musées de la Seconde Guerre Mondiale en Europe: rétrospective

écrit par RobertMARY
le 23/01/2010
Imperial War Museum (Londres)

Après avoir passé maintenant 3 ans à visiter durant mes temps libres les principaux musées de la Seconde Guerre Mondiale, je me propose de faire partager aux lecteurs mes impressions c-à-d le résultat -bien évidemment et malheureusement subjectif- de mes visites. Cet article n'engage donc que votre reporter.
Mes activités ont naturellement commencé dans les Ardennes belges par les musées liés à la Bataille des Ardennes, puis se sont étendues au Luxembourg, à la Hollande, à la France, à l'Allemagne, à la Grande Bretagne puis -via de courts séjours- à la Russie, au Canada et aux Etats-Unis.

Tous les musées participent activement au devoir de mémoire car "qui ne sait d'où il vient ne sait où il va", il s'agit en effet d'apprendre de nos erreurs afin de ne plus les renouveler à l'avenir (quel que soit le camp des combattants la souffrance des soldats et des civils causée par la guerre est identique, dès lors éviter toute forme de guerre est une priorité absolue). Ils fournissent quasi tous un livret donnant des explications générales au sujet du musée visité.

On peut distinguer principalement deux types de musées: les grands complexes (tel que le Mardasson à Bastogne ou le musée de l'armée à Bruxelles, ou encore le récent musée de Baugnez) et les petits musées d'origine privée (tels que le "Remember Museum" de Thimister-Clermont ou encore le "Historical Museum" de La Gleize avec son célèbre char Tigre Royal ou bien le récent musée de la bataille de la rivière Salm à Ennal ou bien encore le superbe musée "for Freedom Museum" à Ramskapelle sur la côte belge).
Les visites dans les petits musées se font en général sous l'accompagnement du responsable du musée, une personne passionnée bi voire trilingue laquelle fournissant le plus souvent des explications sur l'origine de chaque pièce acquise permettant au visiteur de mieux comprendre la raison d'être de l'exposition de la pièce dans le musée en question, la visite est dès lors fortement personnalisée et les contacts humains s'en trouvent facilités (je retiendrai une longue discussion une après-midi entière avec le responsable du musée "44 Lieutenant Cook" à Monceau-Imbrechies ou encore les contacts conservés chaque année avec les responsables du musée de Thimister-Clermont, Marcel et Mathilde Schmetz). La prise de photo est dans la plupart des cas autorisée.
Les complexes muséaux bénéficient d'un espace plus large leur permettant d'exposer plus d'objets et de bénéficier de meilleures conditions de visite (en terme de luminosité notamment). Le bémol est parfois l'absence de personnel capable de répondre aux questions des visiteurs en français ou, en anglais pour les vétérans américains visitant le musée (un écouteur quadrilingue est mis à la disposition du public dans la plupart des cas). La prise de photo est autorisée pour autant qu'elle ne se fasse pas dans un but commercial, l'utilisation de trépieds est par contre fréquemment refusée. Seuls 3 musées à ce jour m'ont explicitement interdit la prise de photo (même sans pied): l'"Atlantik wall museum" à Raversijde sur la côte belge, le "National Army Museum" à Londres et le "Kent Battle of Britain Museum" à Folkestone.

On peut également distinguer les musées anglo-saxons des musées continentaux, en effet les moyens financiers (le nerf de la guerre) des musées anglo-saxons sont souvent également d'origine privée et les moyens dont ils disposent sont plus important que les nôtres sur le continent. Visiter le "Canada Aviation Museum" à Ottawa (plus de 40 warbirds -tels que le Spitfire- tous fixés sur une pièce circulaire mobile avec éclairage au niveau du socle et la présence de bombardiers quadrimoteurs tels que l'Avro Lancaster MKII vous donnent une idée des moyens mis en oeuvre), idem pour l'"Imperial War Museum" situé à Duxford en Angleterre (comportant 6 hangars incluant des avions et des chars sans même parler des shows aériens).
Certains musées continentaux qui -bien que disposant de plus maigres ressources financières- peuvent presque soutenir la comparaison au moyen d'une méthode simple et efficace: la fusion -fut elle temporaire- de divers musées en un seul, c'est la cas du musée hollandais "National War and Resistance" situé à Overloon, en effet il comporte le "Liberty Park" (une magnifique forêt comportant notamment un char soviétique IS2), le musée de la résistance originel (comportant de nombreux panneaux informatifs mais également quelques blindés) mais surtout l'adjonction du musée Marshall originellement basé à Zwijndrecht comportant de nombreux blindés et avions (B25 Mitchell, Spitfire, ...) situés dans de magnifiques dioramas. Pour ce genre de musée, comptez minimum 1 journée complète de 10 heures du matin à 17 heures de l'après-midi pour en profiter pleinement.
Ne parlons pas des Etats-Unis où certains portes-avions originellement destinés à la casse ont été transformés en magnifiques musées de l'air -pour le bonheur de tous- tel que le USS Midway Museum à San Diego vous montrant des avions de différentes époques.

Il existe aussi les musées de l'armée (musées nationaux, tel que le musée de l'armée belge à Bruxelles, celui de l'armée hollandaise à Delft) et les autres musées. Il est évident que les musées nationaux sont privilégiés dans l'allocation des fonds publics par rapport aux autres musées puisque les musées nationaux sont censés être des "vitrines étatiques".

Il existe aussi les musées situés dans les casernes militaires toujours en activité (à vous de respecter scrupuleusement les modalités de visite) et les autres. Les musées gérés par l'armée sont par exemple le Truschbaum museum à Butgenbach au camp d'Elsenborn (superbes dioramas représentant des soldats allemands et américains pendant la bataille des ardennes), le musée des commandos à Flawinnes (retrace l'histoire de ces unités spéciales depuis leur création jusqu'à nos jours par de nombreux mannequins et équipements divers), le musée des chasseurs ardennais à Marche en Famenne, le Spitfire Memorial Museum sur la base aérienne de Florennes, le musée du 12ème de ligne à Spa, ...

Font l'objet d'une catégorie à part les camps de concentration tels que le tristement célèbre Auschwitz ou plus près de chez nous le camp de Breendonck à Willebroek en Belgique, Vught aux Pays-Bas ou encore Natzwiller en France.

Dans le même ordre d'idée même si l'on ne peut pas vraiment parler de musées, les cimetières militaires alliés (tant américains que ceux du Commonwealth) ainsi qu'allemands participent au devoir de mémoire: Henri-Chapelle, Neuville-en-Condroz du côté US en Belgique, Hotton du côté britannique en Belgique, Recogne et Lommel du côté allemand en Belgique. A conseiller car les visites sont groupables vu leur proximité géographique directe, le cimetière militaire américain de Hamm et le cimetière militaire allemand de Sandweiler au Luxembourg.

N'oublions pas non plus les résistants qui ont largement mérités au vu de leur sacrifice ultime des mémoriaux tel que celui des maquisards à Spa ou encore le musée de la résistance à Huy ou bien encore le mémorial de la résistance destiné aux résistants grecs à Anogia (Crête) ou également le monastère de Préveli en Crête dont les prêtres ont permis l'évacuation de soldats britanniques et australiens à bord d'un sous-marin anglais (le "Trasher" en août 1941) car ils les avaient cachés au péril de leur vie.

Certains musées non liés spécifiquement à la seconde guerre mondiale abritent dans leurs murs des expositions temporaires, ce fut le cas de "J'avais 20 ans en 1945 à Bastogne" et "Stavelot 44" dans l'abbaye de Stavelot (une exposition sur l'occupation de Stavelot pendant la bataille des Ardennes illustrée également par les excellentes bandes dessinées "Ardennes 44" en 2 tomes de Philippe Jarbinet. Vu leur caractère temporaire la visite de ce genre d'expositions est difficilement reportable, une bonne organisation s'impose.

Il est à noter que certains musées privés belges en Ardennes sont gérés par des hollandais tel que le musée de Poteau/Recht près de Vielsalm, j'en fus certes surpris mais certainement pas offensé, là n'est pas le sens de mon propos. Ce musée offre la possibilité de faire un tour en engin chenillé SDKFZ 251 (enfin sa copie tchèque pour être précis) aux visiteurs le souhaitant.

En terme de prix sachez quand-même que les tickets d'entrée des musées britanniques, américains et français (en Normandie du moins) sont assez prohibitifs. Les autres pays ont des prix d'entrée somme toute raisonnable.

Loin de moi l'idée de confronter ces différentes catégories, elles sont toutes complémentaires et concourent à un même but: faire découvrir au visiteur une période spécifique de l'histoire et lui permettant d'assimiler le contexte historique afin d'en tirer les leçons qui s'imposent.

Pour les amateurs de blindés je recommande les musées suivants: Bovington (Angleterre), Saumur (France), Munster (Allemagne) et le musée de l'artillerie et de l'Ingéniérie à St Petersbourg (Russie). Il me reste à visiter les deux plus grands musées au monde: l'"Aberdeen Proving Ground" aux USA et le musée des blindés à Kubinka près de Moscou (comportant un des rares char "Maus" allemand)
Plus près de chez nous des mémoriaux sont librement visitables: le char Tigre Royal de La Gleize, le char Panther de Grandmenil (il fut peint en rose à une certaine époque et fut surnommé "la panthère rose", depuis il a repris les couleurs -camouflage standard- de la 2ème panzer division SS), le char Panther d'Houffalize, le Sherman de Vielsalm, le char américain Sherman et le Tank destroyer Achilles britannique de La Roche, le char britannique Firefly de Klein-Willebroek, ... Pensez à les photographier en été comme en hiver...
Sachez que les chars Tigre I du musée de Bovington (Grande Bretagne) et du musée de Saumur (France) sont en fonctionnement sur la plaine de chacun des musées respectifs à des dates très particulières mentionnées sur les sites webs de ces musées, la visite comportant ces jours-là de ce fait un coût additionnel.
Pour les amateurs de blindés en mouvement je recommande la sortie "Tanks in Town" à Mons chaque année fin août en Belgique et celle de Beltring chaque année fin juillet en Angleterre (le "War and Peace show") .

Pour les amateurs d'avions je recommande -outre le musée de l'air à Ottawa et l'Imperial War Museum de Duxford en Angleterre-: le musée "Wings of Liberty" même s'il ne s'agit pas d'un musée de l'air pour ses 2 splendides C47 Dakotas parfaitement restaurés (le musée étant une ancienne caserne, chaque bâtiment comportant un thème particulier), le musée de l'armée à Bruxelles, le musée du Bourget à Paris en France et plus près de chez nous le 1st Wing Historical Centre à Beauvechain (ancienne base aérienne). Sont dignes d'intérêt le musée de l'air de Madrid en Espagne comportant de nombreux avions et le musée de l'air de Kbely près de l'aéroport de Prague en Tchéquie (spécialisé dans l'aviation soviétique). Le "Fleet Air Arm museum" de Yeovilton en Angleterre est un petit bijou, il est spécialisé dans l'aviation militaire aéroportée, vous y découvrirez le même chasseur américain que celui du célèbre pilote de chasse Pappy Boington mais aux marquages de la Royal Navy. A noter que ce musée de même que celui du Bourget à Paris vous permet de visiter le Concorde. Je recommande également le "RAF museum" à Hendon (dernier arrêt de métro dans la banlieue de Londres), celui-ci comporte de nombreux hangars comportant des bombardiers quadrimoteurs et des jets allemands de la fin de la guerre.
Il ne faut pas confondre les musées de l'air "statiques" dans lesquels aucun avion ne vole (les avions étant stationnés "ad vitam" dans un hangar) et les musées de l'air offrant en complément des shows aériens de "warbirds" (avions d'époque), par exemple l'Imperial War Museum" de Duxford en Grande Bretagne ou bien encore de nombreux musées de l'air aux Etats-Unis.

Pour les amateurs d'uniformes, la voie est tracée, allez en France au musée d'Ambleteuse, c'est la plus riche collection couvrant tous les fronts de la seconde guerre mondiale (y compris la guerre du Pacifique).

Pour les amateurs de bunker, allez au QG d'Hitler en 1940 à Brûlis-de-Pesche en Belgique ou au Blockhaus d'Eperlecques en France, vous y verrez comment un site de lancement de V2 a été détruit par les bombardements britanniques, des véhicules militaires jalonnent le parcours ainsi qu'une rampe de lancement de V1.

Pour les passionnés de technologie, je conseille la collection scientifique du ministère de la défense (Wehrtechnsiche Studiensammlung) à Coblence (vous y verrez notamment un mini sous-marin et une coupe de blindé -en quittant le musée la visite de la ville de Coblence est d'ailleurs fortemment recommandée-), ainsi que le musée technique à Sinsheim comportant d'ailleurs de nombreux avions.

Un cas à part: la visite des 11 zones majeures de l'offensive des ardennes vues du ciel au départ de l'aérodrome de St Hubert par l'association "Air Loisirs". Le visiteur a droit à un briefing d'une heure avec film vidéo expliquant le contexte historique, les zones sont clairement identifiés et rappelées dans le ciel au moyen du casque d'écoute que vous porterez en vol. Votre reporter a suivi ce parcours mais quelque peu biaisé puisque le vol a été adapté à des fins photographiques.

Quelques recommandations: renseignez-vous toujours au préalable sur les heures d'ouverture (les musées sont très souvent fermés le lundi), la durée du trajet, l'adresse exacte à encoder dans le GPS, la présence d'un restaurant dans le musée lui-même si celui-ci est excentré par rapport à la ville la plus proche (surtout si vous faites une visite en famille avec les enfants), l'autorisation de prendre des photos à des fins privées, la présence d'une boutique vous permettent de choisir à l'aise un livre ou un autre objet à acheter en fin de visite, la présence d'autres musées dans la région si le musée visité est relativement petits et que la visite de 2 petits musées pourrait s'avérer être possible en une seule journée (par exemple en Hollande vous pouvez aisément grouper à Oosterbeek l'"Airborne Museum", le cimetière militaire du Commonwealth et le musée 40-45 d'Arnhem -comportant d'ailleurs un char T34 soviétique aux couleurs allemandes-, autre exemple: pour les Ardennes belge il suffit de coupler l'ensemble des différents musées à Bastogne en une seule journée, vous pouvez tout aussi bien coupler le musée de la bataille de Salm à Ennal avec le musée "Ardennen Poteau 1944" à Recht près de Vielsalm). Soyez frais et dispos avant de faire la visite, trottiner dans un musée pendant une longue période est plus fatiguant qu'une marche à pas rapide et continue dans les bois.
Et rappelez-vous, une visite réussie est celle qui ne s'improvise pas...

Mon site web comporte la visite de nombreux musées, mémoriaux et cimetières militaires en Europe et vous donnera un aperçu vous donnant je l'espère l'envie de vous rendre sur place pour admirer cela avec vos propres yeux.

Bonne visite sur:
http://www.warmuseums.net

Le site comporte pour presque chaque musée une section "detailed information", vous y trouverez son adresse, les moyens de s'y rendre, le site web officiel du musée en question et parfois mon opinion sur ma visite.

A titre d'information complémentaire vous trouverez ci-dessous:

a) une carte "Google Map" des musées européens que j'ai visités:
http://www.pegww2.net/Pages/Europe_Map.htm

b) ainsi qu'une carte des musées de la seconde guerre mondiale aux USA (top 25 sur base de discussions avec des spécialistes):
http://www.pegww2.net/Pages/USA_Project.htm

  • Imperial War Museum (Londres)
  • Exposition temporaire (Bastogne)
  • Bunker du GQ d'Hitler 1940 (Brulis de Pesche)
  • T34-85 (Imperial War Museum - Londres)
  • C47 Dakota (Wings of Liberty - Best -Hollande-)
  • Medaillon NUTS (Imbrechies)
  • Mardasson vu du ciel (Bastogne)
  • Panther G sous la neige (Grandmenil)
  • IS2 Char Staline (National Resistance Museum - Overloon - Hollande)
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Livre sur les chars intégrant ma contribution photographique

Centres d'intérêt photographiques principaux : reconstitutions historiques (seconde guerre mondiale et période napoléonienne), aviation militaire, cosplay de type vampirique, heroïc fantasy ou science fiction.