Dumping social: le coût d'un travailleur de l'est!

écrit par Cecile.Detrazegnies
le 07/05/2014

3 € de l'heure : le coût d'un travailleur de l'est. De nombreuses entreprises de la Province de Luxembourg sont régulièrement sollicitées pour engager à bas prix du personnel étranger, notamment portugais ou roumain. C'est ce qu'on appelle le dumping social ! Pour l'UCM Lux, ce ne peut pas être une fatalité.
Les Belges en général et les entrepreneurs en particulier ont toujours soutenu la construction européenne. Ce magnifique projet a apporté la paix et la stabilité. Il a favorisé les échanges, élargi les espaces.
Cette adhésion globale n'empêche pas d'être critique. Ainsi, la directive sur la libre circulation des travailleurs a créé un dumping social malsain. Quelque 400.000 salariés sont "détachés" chaque année vers la Belgique, dans de nombreux secteurs : la construction, le transport, le gardiennage, le nettoyage, les soins de santé... Ils sont plusieurs centaines dans la Province de Luxembourg!
Cet afflux massif a de graves conséquences. La Confédération construction affirme que, dans le secteur, huit entreprises sur dix ont perdu un ou plusieurs chantiers en 2013 en raison de la concurrence étrangère. Une sur cinq a dû licencier. Alors que le chômage ronge notre société, c'est grave et inacceptable.
Le problème comporte trois niveaux. Le premier est celui de la "triche" pure et dure liée au détachement de travailleurs. Elle est très répandue. Des filières organisées amènent du Portugal ou de Roumanie des hommes et des femmes qui acceptent un salaire de 3 € de l'heure et des conditions de vie et d'hébergement indignes. Face à ces pratiques, l'Inspection du travail est si peu outillée qu'on a trouvé des ouvriers ainsi exploités sur le chantier de la prison de Marche !
Le second niveau est celui de l'apparence de légalité. Des entrepreneurs de notre province sont démarchés pour embaucher des travailleurs roumains à 14 € de l'heure. Pour arriver à ce prix, les intermédiaires évitent le paiement des cotisations sociales dans le pays d'origine, grâce au manque d'échanges de données.
Enfin, même quand tout est légal, un salarié d'Europe centrale ou du sud coûte en moyenne 8 € de moins de l'heure qu'un travailleur autochtone. C'est un écart considérable et décisif.
Alors que faire ? Contrôler le respect des règles, bien sûr. Il y assez d'agents contrôleurs dans notre pays pour mettre fin à des pratiques illégales si on en fait une priorité ! Il y a aussi du travail à faire en matière de marchés publics : insérer des obligations sociales et obliger les entreprises à contracter leurs assurances en Belgique.
Mais pour régler le problème au fond et définitivement, il faut harmoniser les règles et créer une Europe sociale. Il serait vain et sot d'exiger que les pays d'origine des travailleurs gonflent le coût du travail comme nous l'avons fait. Ils ne prendront pas cette voie suicidaire pour l'emploi. C'est à nous de réduire nettement les charges sur le travail. On y revient, encore une fois, et en tant que Luxembourgeois, on le vit déjà avec les régions frontalières avec notamment l'Allemagne !

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