L'Appui de la "Fédération Wallonie-Bruxelles" pour un Cinéma en Péril

écrit par YvesCalbert
le 12/08/2020

Bénédicte Linard, Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Ministre des Droits des Femmes, de l’Enfance, des Médias, de la Santé et de la Culture déclarait, en avril dernier, à notre collègue Alain Lallemand, pour « Le Soir » : « On doit faire de cette crise une opportunité pour repenser la place de la Culture dans la société. Cela nécessite d’avoir des points de vue variés et de faire valoir l’intelligence collective… Les artistes ne sont pas tout seuls, ils ont une Ministre à leurs côtés, mais on sait qu’un ne pourra effacer d’un coup de cuiller à pot l’impact de cette crise. »

Quatre mois plus tard, la Ministre de la Culture de la« FWB » prouve son écoute à certaines revendications. Ainsi, ce mardi 11 août, le« Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel » de la « FWB » (« Fédération Wallonie-Bruxelles ») nous a informé d’une importante déclaration de la Benédicte Linard : « Soutenir les cinémas de proximité, touchés de plein fouet par cette crise, était essentiel. Non seulement ils contribuent à la promotion d’œuvres de la ‘Fédération Wallonie-Bruxelles’ et européennes mais ils ont aussi un rôle de lien social fondamental dans nos villes et nos communes, dépassant souvent le cadre purement culturel ».

Ainsi, une enveloppe de 645.000 € a été dégagée en faveur d’une quarantaine de cinémas de proximité, de quartiers, les montants octroyés dépendant, notamment, du nombre de séances :

– 7.500€ pour les salles mono-écran et bi-écrans, programmant au minimum 15 séances par semaine.

– 15.000€ pour les complexes multi-écrans, programmant au minimum 30 séances par semaine.

Ce soutien est accessible aux salles de cinéma indépendantes, en activité durant les 12 derniers mois précédant la crise du « COVID-19 », sur le territoire de la « FWB »et dont au moins 30% de la programmation constitue des films reconnus « Art & Essai «  et/ou européens, lors de l’exercice 2019.…Notons les contraintes pour les exploitants solliciant cette aide : les dossiers doivent être introduits pour le 1er septembre au plus tard, les exploitants devant être en ordre avec la TVA et l’ONSS, ainsi que de ne pas être subventionnés par la « Commission d’Aide aux Opérateurs »  du « Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel » de la« FWB ».

De fait, il s’agit, ici, d’une nouvelle aide, prévue pour les cinémas de proximité, de quartiers, alors que d’autres appuis financiers ont déjà été octroyés, depuis le mois d’avril, par la« FWB », ce qui nous amène à un montant actuel de 6.750.000€ mobilisé pour l’ensemble de la chaîne du cinéma francophone.

Le« Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel » de la« FWB » nous informe qu’en temps normal, les cinémas de proximité, de quartiers ne bénéficient pas d’un soutien financier structurel de la« FWB », ce qui, évidemment, fâchait les exploitants des cinémas de proximité, de quartiers, qui, se sentant délaissés, craignaient de devoir fermer leurs salles.

Toutefois, comme ces cinémas contribuent activement à la promotion et à la diffusion d’œuvres cinématographiques de la « FWB » et/ou européennes, la Ministre de la Culture a décidé d’élargir le périmètre du plan de relance afin d’inclure ces salles et de les soutenir dans ces moments difficiles. Aussi, ce soutien exceptionnel vise à soulager les pertes de revenus des exploitants durant leur période de fermeture du 17 mars au 1er juillet 2020.

En outre, Bénédicte Linard tient à insister sur le fait que le plan de relance de la« FWB » vise à soutenir toute la chaîne de création, des auteurs aux exploitants de salles de cinéma, en répondant aux demandes des professionnels face à la crise sanitaire et à ses répercussions actuelles et futures.

Ainsi, quelques jours plus tôt, début août, la Ministre de la Culture avait annoncé que 840.000 €  seraient octroyés, chaque année, aux auteurs de la « FWB ».

Dès lors, le nouveau système d’aides à l’écriture et au développement prévoit,chaque année:

– 24 aides à l’écriture (12.500 € par aide, avec un passage de 16 à 24 aides octroyées) ;

– 12 aides au développement artistique (30.000 € par aide), visant à travailler les aspects artistiques du projet (écriture & réécriture du scénario, script doctoring, coaching, travaux de recherche) ;

– 6 aides au développement production (30.000 € par aide), destinées aux travaux de préparation de la production (recherche du financement, pré-casting, repérages, élaboration d’une stratégie de promotion et de distribution).

Ces évolutions, élaborées en concertation avec le secteur, permettront de miser sur davantage de projets en deveniret de mettre des moyens supplémentaires à disposition pour approfondir leur développement.

Dans le cas où un projet de long-métrage d’initiative belge francophone cumule toutes les aides à la création mises à disposition par le « CAC »  (« Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel ») de la « FWB »(développement artistique, développement production, écriture et production), il pourra être soutenu à concurrence de 502.500 €, le« CCA » restant, ainsi, le partenaire privilégié des films belges francophones.

Cette réforme fait partie du plan de relance – créé en faveur de ce secteur durement touché par la crise sanitaire – dévoilé en mai dernier, étant l’aboutissement d’une proposition de décret, qui, portée par la majorité parlementaire, a été adoptée à l’unanimité.

A un autre niveau, en juillet dernier, Thierry Laermans, Secrétaire général de la « FCB » (« Fédération des Cinémas de Belgique »), déclarait à notre collègue de « Cinergie », David Hainaut : « Par réflexe culturel, l’influence française a longtemps été très présente, et elle l’est encore. Et si, côté flamand, on se retrouve donc face à un cinéma à deux voies, côté francophone, on reste encore assez fixé sur un cinéma d’art et essai, plus pointu. »

Doit-on insister sur la qualité du cinéma belge francophone, de rappeler les nombreux Prix remportés par les films réalisés par Jean-Pierre et Luc Dardenne – dont deux « Palmes d’Or », du « Festival de Cannes », pour « Rosetta », en 1999, et « L’Enfant », en 2005, ainsi que six »Magritte », deux « César », et l’ « Oscar de la meilleure Actrice » (Marion Cotillard), en 2015, pour « Deux Jours, une Nuit ».

N’oublions pas, non plus, un film tel « Ernest et Célestine », de Stéphane Aubier, Vincent Patar et du Français Benjamin Renner, lauréat, en 2013, du « César du meilleur Film d’Animation », en 2014, de 3 « Magritte », et, de 2012 à 2014, de nombreux Prix, en Allemagne, au Canada, aux Emirats-Arabe-Unis, aux Etats-Unis, en France, en Inde et en Italie.

Et que dire de l’Ardennais Bouli Lanners (né Philippe Lanners), lauréat de deux « Magritte », comme acteur, en 2013, pour « De Rouille et d’Os », de Jacques Audiard, et en 2020, pour « C’est ça l’Amour », de Claire Burger, ses films remportant dix « Magritte », cinq, en 2017, pour « Les Premiers, les Derniers », et cinq autres, en 2012, pour « Les Géants », ce dernier film étant le lauréat, en 2011, de deux Prix, au « Festival de Cannes », deux « Bayards d’Or », au « FIFF », à Namur, et du« Grand-Prix » du« Festival International du Film de Dieppe ».

Mais revenons à Thierry Laermans, qui insiste pour que : « le cinéma francophone continue, et il a les atouts pour, à produire en parallèle (au cinéma« Art et Essais »/ndlr) des choses plus populaires pour son public, cela aiderait l’ensemble de son cinéma, y compris les films d’auteur ! Les productions populaires sont en fait nécessaires pour donner de l’oxygène à l’ensemble du secteur. Aller vers tous les publics et diversifier l’offre, c’est toujours porteur pour tout le monde. »

… Et lorsque que Thierry Laermans évoque des productions populaires, nous éloignant du cinéma belge, nous ne pouvons que penser à ces « blockbusters » américains que tous les exploitants de salles attendent, partout en Belgique, tels « Mulan », qui, tant attendu, ne sortira pas en salles, « Disney » ayant pris la décision de le réserver à la plateforme « Disney + » (29,99 dollars pour pouvoir découvrir « Mulan »).

Ce lundi 10 août, dans « Le Soir », notre collègue Fabienne Bradfer rapporte le propos alarmiste deThierry Laermans : « Nous accusons une perte de de 80 à 90% de spectateurs, par rapport à l’an dernier… A cause du masque (devenu obligatoire/ndlr), la rentabilité a chuter de 25% (par rapport à la situation précédente, où il n’était que recommandé/ndlr)… Ceux qui avaient déjà des difficutés sont en train de couler. Pour beaucoup, il n’est pas rentable d’ouvrir, car c’est perdre de l’argent, plutôt que d’en gagner. »

Bruno Plantin-Carrenard, directeur d’ « UGC-Belgique » le confirme, ajoutant : « Quand les ‘gros’ ont faim, les ‘petits’ meurent de faim… On subit le climat anxiogène qui est entretenu par la succession de déclarations et de mesures. »

Néanmoins, dans son article, Fabienne Bradfer tempère quelque peu ce désespoir, rapportant que Nicolas Gilson, programmateur du« Palace », à Bruxelles, et Catherine Lemaire, programmatrice pour les salles des « Grignoux », à Liège et à Namur, déclarent tous deux : « Nos spectateurs sont fidèles, restent curieux et n’attendent pas le dernier ‘blockbuster’ américain », ce que nous avons pu vérifier ce mardi 12 août, au« Caméo », à Namur, où, en soirée, le préposé à l’accueil se réjouissait d’avoir vécu une « bonne journée, dans la situation actuelle. »

Notons, cependant que Catherine Lemaire ajouta : « On attendait ‘Mulan’… ça fait mal… oui, c’est une catastrophe, oui on est dans l’incertitude, mais ajouter à cela notre couplet pessimiste n’arangera rien. Il faut donner des perspectives aux spectateurs. »

Par rapport aux Festivals qui s’annoncent, en septembre, Nicolas Gilson, directeur de la programmation, au « Palace », à Bruxelles, confiait son inquiétude à Fabienne Bradfer : « Comment faire des ouvertures avec 100 personnes ? Comment gérer le carcatère festif et événementiel des festivités ? Il y aura une frustration des spectateurs et un manque à gagner. »

… Des soucis que doivent se faire, en ce moment, Céline Masset et Pascal Hollogne, les directeurs artistique et général du « BSFF » (« Brussels Short Film Festival »), reprogrammé du mercredi 02 au samedi 12 septembre et du« BRIFF » (« BRussels International Film Festival », reprogrammé du jeudi 03 au dimanche 13 septembre, ainsi que Nicole Gillet, Déléguée générale du« FIFF » (« Festival Intenational du Film Francophone »), prévu du vendredi 02 au vendredi 09 octobre.

Belle illustration de la qualité de notre cinéma belge francophone, le Namurois Lucas Belvaux a vu son film « Des Hommes » être retenu pour le « Festival de Cannes » 2020. Ce dernier étant annulé, « Des Hommes » portera le label « Cannes 2020 », lors de la « Soirée d’Ouverture » du « BRIFF ».

Concluons avec deux autres notes positives, en nous réjouissant que, d’une part, les auteurs vont recevoir, chaque année, une enveloppe, à se partager, de 840.000 €, alors que, d’autre part, à titre exceptionnel, les exploitants de cinémas de proximité, de quartiers vont pouvoir reprendre leur souffle, grâce à l’enveloppe de 645.000 € qu’ils vont pouvoir se partager, grâce aux décisions de la Ministre de la Culture de la « Fédération Wallonie-Bruxelles ».

Il ne nous reste plus, à nous tous, qu’à nous rendre en salles, afin que le Cinéma puisse continuer à nous réjouir et à succiter des vocations, pour tous les métiers qui le font vivre…

Yves Calbert.

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