Le 24 novembre, la Ste-Catherine à Houffalize: histoire, légende, et traditions

Sainte Catherine et ses attributs : la roue de son supplice, le livre symbolisant sa science, son triomphe sur les philosophes. Fille de roi, elle a toujours une riche parure. Inutile de le dire, elle incarnait aussi la splendeur. Houffalize: la foire, il y a environ 100 ans. Ici, place Roi Albert. La foire Ste-Catherine se tient aujourd'hui dans le bas de la ville. Sainte Catherine, choeur de l'eglise de Houffalize. Avec la palme du martyre. Sainte Catherine et Saint Augustin (eglise de Houffalize: les moines faisaient partie de l'ordre de St-Augustin)

Le samedi 24 novembre, le patrimoine immatériel descend en force sur la ville, pour le grand regroupement annuel des Houffalois et de leurs hôtes: c'est "la foire Ste-Catherine", qui remonte à la nuit des temps. Quelles sont les racines de cette foire, ses traditions, ses rendez-vous?

Le martyre de sainte Catherine

La légende de sainte Catherine est sans nul doute très éloignée de la réalité historique.
Nous sommes en Egypte, à Alexandrie, la ville la plus importante du nord de l’Afrique et du Proche-Orient sous Maxence (dernier empereur non chrétien, mort en 312 au pont Milvius).
Catherine était fille de roi : « Catherine était chrétienne, son père ne l’était pas ». Il mourut quand elle avait 18 ans.
L’empereur voulut lui faire renier sa foi : il la fit confronter avec la crème des philosophes et intellectuels de son temps, tous païens; Catherine réfuta leurs arguments l’un après l’autre et …convertit tout ce beau monde !
Rage de l’empereur, qui commanda à ses bourreaux d’imaginer le pire comme instrument de torture, non pour la tuer, car il voulait l’épouser, mais pour qu’elle abjure par peur. Ils construisirent une machine très sophistiquée composée de roues dentées hérissées de piques, dont la vue aurait dû la remplir d’épouvante. Catherine sauta dans les rouages, le mécanisme se mit en route, toutes les roues volèrent en éclat et elle en sortit indemne.
En désespoir de cause, l’empereur ordonna sa mort.
Alors, se termine la chanson : « d’un coup d’épée, sa tête il lui trancha ».

La patronne de beaucoup de monde

Le culte de Ste-Catherine commence à avoir la vogue à l’époque des croisades.
Au XIIe siècle, les sorbonnards la prirent comme patronne des professeurs et des philosophes, eu égard à son triomphe sur les rhéteurs à Alexandrie.
Vierge et martyre, elle fut vénérée comme patronne des jeunes filles. Auparavant, elle était d’ailleurs le pendant féminin de St-Nicolas, qui n’était le patron que des garçons : c’est encore le cas aujourd’hui dans le nord de la France.
Enfin, l’épisode de la roue la fit choisir comme sainte patronne de toutes les professions qui avaient recours à une roue qui tourne : les meuniers, les charrons, les horlogers…
Dans le Luxembourg, la fête de Ste-Catherine était chômée dans bien des paroisses. D’autant qu’il y avait pour ainsi dire une raison technique à ce chômage : par respect, on suspendait toute activité nécessitant la rotation d’un mécanisme. A Wibrin, on se souvient encore de l’époque où, le 25 novembre, il n’était pas question de pousser une brouette, et où on bloquait les rouages des horloges.

L’histoire de « la foire Ste-Catherine »

En 1235 s’installa à Houffalize, à la demande du seigneur Thierry, une congrégation naissante issue de l'université de Paris, placée sous le patronage de Ste-Catherine. Ce fut la création du prieuré du Val des écoliers, supprimé en 1784 par l’empereur Joseph II. Une opération politique habile de Thierry, qui apportera ainsi un lustre à Houffalize pendant cinq siècles et demi, et intéressante pour les moines, qui bénéficieront pendant autant de temps de la desserte lucrative de nombreuses paroisses environnantes.
La foire Ste-Catherine est une tradition bien ancrée à Houffalize, même si on ne peut la faire remonter à 1338, date de l’autorisation, donnée par Jean l’Aveugle, roi de Bohême (Prague), de tenir des foires à Houffalize.
Jusqu’après la guerre, fin des années 50, le bal des Catherinettes réunissait celles qui avaient, au cours du millésime, atteint l’âge de 25 ans en étant toujours célibataires : c’était « un must » ! Les catherinettes portaient des chapeaux de circonstance, plus originaux et excentriques les uns que les autres, objets d’une émulation qui voyait couronner une lauréate arborant une merveille d’art et de technique. Au départ, « coiffer Ste-Catherine », c’est-à-dire porter un chapeau voyant, avait comme but d’attirer les regards pour se trouver un prétendant au mariage.
Plus d’un Houffalois se souvient encore du couvre-chef de Jeanne Toussaint, chez Lolo, vers 1950. Un bibi qui n’était pas celui de n’importe qui : confectionné par les mains expertes de son fiancé Armand Fertons (le créateur des géants houffalois), il représentait une miniature du moto-cross, l’événement annuel sportif majeur de notre contrée à l’époque. Un chef-d’œuvre de bon goût et d’équilibre.

Le rendez-vous du 24 novembre

Le samedi 24 novembre, ce sera la grande affluence dans les rues de Houffalize.
Retrouvailles de la diaspora houffaloise dans la cité si chère au cœur de tous, et des chalands venus de tous les villages alentour.
On (re)vient pour les produits de bouche : par exemple, les speculoos de chez Philippart ou la saucisse de chez Joseph Dubru, sans oublier les baisers de la pâtisserie du Hérou : des spécialités au goût inimitable et inaltéré depuis plus d’un demi-siècle ! Plus tout ce que les étals occasionnels proposeront en fromages et salaisons, potées du terroir ou goulées exotiques.
Et puis l’espace de la rue regorgera d’échoppes de monticules de vêtements pour affronter l’hiver ardennais : touchez-moi ce polair ! essayez-moi cette casquette de cachemire !
Quel est cet attroupement ? C’est le grand Saint-Nicolas, qui remet des friandises à tous les enfants qui défilent devant lui. Et ce son si prenant ? Les trompes du Bien Aller du Val de l’Ourthe, ou les cuivres d’une formation en goguette.
Et puis il y a des questions dont le suspens ne sera levé qu’au jour J. Par exemple : les travaux de transformation de la Taverne seront-ils terminés, pour accueillir la cohue du tout Houffalize ? Plus fondamentale encore : Jean-Jacques Gatez aura-t-il réussi le dosage de son péquet à la saveur si douce et si forte à la fois, qu’on en garde le goût dans la bouche les 364 jours qui suivent ?
Vraiment, à la Ste-Catherine, ce n’est pas le gang, c’est le patrimoine qui descend sur la ville !
René Dislaire.

Légende de la photo de la statue: Sainte Catherine et ses attributs (la roue de son supplice, et le livre représentant sa science, qui l’avait fait triompher des philosophes païens). Fille de roi, elle est toujours richement vêtue. Inutile d’ajouter qu’elle était très jolie. Parfois, elle tient en main la palme du martyre.

René Dislaire ©

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