Ces Malmédiens qui ont combattu pour l'Allemagne : une bande dessinée lève le voile sur une page oubliée de la guerre 1940-1945

À Malmedy, pendant la Deuxième Guerre mondiale, certains habitants ont combattu pour l'Allemagne. Une page oubliée, trouble et taboue que la bande dessinée "De gré ou de force", fruit de 12 ans de travail, s'attache à raconter avec rigueur historique.
Né Allemand à Malmedy en 1917, Franz est devenu Belge à l'âge de trois ans, l'Allemagne ayant dû céder les Cantons de l'Est à la Belgique. Quand la Deuxième Guerre mondiale éclate, quatre choix "s'offrent" à lui : fuir la région, accepter l'enrôlement dans l'armée allemande, s'enrôler volontairement dans l'armée allemande ou entrer en résistance.
Franz a décidé de combattre avec l'armée belge en tant que cycliste-frontière. Mais de retour chez lui après la capitulation de la Belgique, il découvre une ville annexée par les nazis. La place Albert 1er est devenue l'Albertplatz. Dans les écoles, les croix du Christ ont été remplacées par des portraits d'Hitler. En voyant ça, le jeune homme décide d'entrer dans la résistance. Mais rapidement, il se fait dénoncer par un voisin et, contre son gré, se retrouve enrôlé dans l'armée allemande et envoyé sur le front de l'est. Après être passé par le camp de prisonniers de Tambov, il s'est même retrouvé au Moyen-Orient.
Les auteurs de "De gré ou de force" ont croisé quatre destins pour écrire l'histoire de Franz
Franz n'a jamais existé. Mais à travers lui, le scénariste Frédéric Moray et le dessinateur Olivier Pirnay ont décidé de croiser le destin de quatre jeunes hommes dans la bande dessinée De gré ou de force. Le titre, à lui seul, évoque bien le choix cornélien auquel ont dû faire face de nombreux jeunes issus de ce territoire pris entre deux feux et où un véritable fossé s'était creusé entre les pro-belges et les pro-allemands, nostalgiques de la période pré-Traité de Versailles.
Les Malmédiens qui ont combattu pour l'Allemagne, une période dont on parle peu
Ça fait déjà quelques années que le scénariste travaille sur cette période oubliée, trouble, et même un peu taboue, de la région. "J'ai fait mes études primaires et secondaires à Malmedy, détaille Frédéric Moray. Et on ne nous a jamais dit que des Malmédiens avaient combattu pour l'Allemagne. Alors, j'ai voulu comprendre d'où ça venait."
Alors, il a d'abord sorti le podcast Ces Wallons qui ont combattu pour l'Allemagne et, en 2019, le webdocumentaire De gré ou de force. "Dans le cadre de ces travaux, j'ai rencontré une trentaine de personnes. Je me suis appuyé sur ces témoignages pour construire ce récit." Témoignages d'autant plus importants que la plupart des personnes rencontrées sont aujourd'hui décédées.
Dans les Cantons de l'Est, le folklore a permis de rapprocher les pro-Belgique et les pro-Allemagne
En réalisant tout ce travail, le scénariste a appris des choses pour le moins étonnantes. "Des historiens qui ont travaillé sur cette période m'ont par exemple expliqué que si le folklore est si important à Malmedy, à Eupen, à La Calamine, c'est parce que ces festivités ont constitué une espèce de ciment entre les pro-Belgique et les Pro-Allemagne. Par exemple, le carnaval de Malmedy a repris dès 1947. Il existe des images du Cwarmê qui se déroule dans la ville en ruines."
Bref, même si ce récit est fictionnel, il se veut le plus proche possible de la réalité d'un point de vue historique. "Même pour les images, on s'est basé sur des photos existantes pour montrer les lieux tels qu'ils existaient entre 1940 et 1945. On voit notamment la gare de Tournai détruite."
Une bande dessinée très fidèle d'un point de vue historique
Parce que, comme on l'aura compris, Franz a pas mal voyagé, mais aussi en Belgique. "On voit le circuit de Spa-Francorchamps, la prison de Saint-Léonard, à Liège, la prison de Saint-Gilles… C'est vraiment une BD qui s'adresse à tout le monde, et pas uniquement aux habitants de la région de Malmedy." A noter que les auteurs de De gré ou de force ont également procédé à un gros travail de documentation pour reproduire les uniformes le plus fidèlement possible.
Bref, si cette bande dessinée, "qui est le fruit de 12 ans de travail", vous intéresse, elle sera disponible dès le 9 mai à La Traversée, à Verviers ( une séance de dédicaces est prévue de 15 h 30 à 18 h 30 ) et le 11 mai dans les autres librairies.
Vincent Roger Journaliste à L’Avenir











