"Bellezza e Bruttezza. Beauté et Laideur à la Renaissance", à "Bozar", jusqu'au 14 Juin

écrit par YvesCalbert
le 29/05/2026

« Les beautés et les laideurs se renforcent mutuellement … Le peintre veut voir une beauté qui l’enchante, il est maître de la créer … Et s’il lui plaît d’évoquer des monstres épouvantables ou bien des scènes bouffonnes et risibles ou bien d’autres touchantes, il en est le maître et le dieu » (Léonardo da Vinci).

« Voyez avec quelle prévoyance la nature, mère du genre humain, a veillé à répandre partout une pincée de folie. […] Et afin que la vie des hommes ne fût pas entièrement triste et amère, elle a mêlé en eux davantage de passions que de raison » (Érasme).

« La vertu semble donc être une santé, une beauté, un bien-être de l’âme, et le vice, une maladie, une laideur et une faiblesse » (Platon).

« L’exposition ‘Bellezza e Bruttezza’ offre une nouvelle perspective sur la tension dynamique entre la beauté et la laideur, en explorant leurs expressions les plus marquantes de la fin du XVe siècle à la fin du XVIe siècle, une période charnière de l’histoire » (Chiara Rabbi Bernard, commissaire de l’exposition).

« ‘Bellezza e Bruttezza’ livre une image nuancée de la Renaissance, inspirée de la vision du temps de l’être humain et du monde. Pour ‘Bozar’, cette exposition historique est l’occasion de proposer un programme pluridisciplinaire sur la perception actuelle de la beauté physique » (Christophe SlagmuylderCEO & Directeur artistique de « Bozar »).

« Cette importante exposition, spécialement conçue pour ‘Bozar’, rassemble des chefs-d’œuvre de l’art de la Renaissance, qui voyagent très rarement. C’est une occasion unique de voir ces œuvres remarquables, à  Bruxelles . L’exposition s’inscrit dans la longue tradition de ‘Bozar’ de présenter les maîtres anciens. Elle explore une question qui motive depuis longtemps les artistes et suscite un grand débat dans la société : qu’est-ce qui est considéré comme beau ? Et pourquoi ? L’exposition met en évidence la continuité des normes occidentales en matière de beauté. Par ailleurs, l’exposition d’art contemporain ‘Picture Perfect’ – présentée en parallèle – tente de décortiquer certaines de ces normes depuis la perspective du XXIe siècle » (Zoë Gray, Directrice des expositions de « Bozar »).

Puisse ces intéressantes citations nous inciter à visiter – au « Palais des Beaux-Arts » (« Bozar »), jusqu’au dimanche 14 juin, à 18h – l’exposition « Bellezza e Bruttezza. Beauté et Laideur à la Renaissance », … qui, avec l’expo « Picture Perfect »accessible jusqu’au dimanche 16 août, à 18h, se prolonge par une multiple vision artistique, propre aux XXe & XXIe siècles.

A peine entrés au sein de l’exposition « Bellezza e Bruttezza. Beauté et Laideur à la Renaissance », que nous découvrons face à face deux visions de « Vénus », l’une avec toute sa beauté, « Vénus » (vers 1490), telle que vue par Lorenzo di Credi (1459-1537) & l’autre, avec une certaine laideur, « Vénus ou Vanité » (vers 1521), selon Jan Gossart (1478-1532).

Aux côtés d’oeuvres d’artistes moins connus, nous découvrons des créations de Paolo Caliari (Véronèse/1528-1588), de Leonardo da Vinci (1452-1519), d’Albrecht Dürer (1471-1528), d’Alessandro di Mariano di Vanni Filipepi  (Sandro Botticelli/1445-1510), de Lucas Maler (Lucas Cranach l’Ancien/1472-1553), de Jan Matsys (1509-1575),  Jacopo Robusti (Tintoretto ou Le Tintoret (1518-1594) & de Tiziano Vecellio (Le Titien/vers 1488-1576).

Dans le guide du visiteur, qui nous est gracieusement offert, nous lisons : « Dans son traité ‘De Pictura’ (1435), Leon Battista Alberti assigne aux peintres de son époque la mission de rechercher le beau, qui, à ses yeux, repose largement sur un idéal d’ ‘élégante harmonie’, régi par des lois mathématiques. Toutefois, à partir du dernier quart de XVe siècle, les artistes accordent une attention croissante à ce qui s’oppose à la beauté, à savoir la laideur. Ce phénomène ira en s’amplifiant tout au long du XVIe siècle et aux représentations de ‘têtes divines’ se juxtaposeront celles de têtes laides, voire monstrueuses. »

A noter que les artistes du XVe siècle ont été très influencés par la conception antique de la beauté idéale, la commissaire nous ayant confié :« En partant de l’étude des corps réels pour parvenir à la représentation de figures humaines idéalisées, à l’aide de grilles géométriques et de canons permettant de reconnaître les rapports mathématiques entre les différentes parties (nous offrant) une association harmonique des parties du corps. »

Derrière une vitre, nous voyons des écrits d’Albrecht Dürer, « Quatre Livres sur les Proportions humaines » (1528) , avec la présence de croquis du corps humain.

Avec ses sourcils fins, son regard doux et sa peau de porcelaine, nous ne pouvons qu’admirer l’aristocrate italienne  Giulia Gonzaga (1513-1566), peinte par Le Titien, alors que nos regards sont également attirés par une très belle laideur, celle du « Portrait d’une vieille Femme » (vers 1514-1524), de Ludovico Carracci (1555-1619), qui nous dévoile les cernes froissés & les paupières tombantes d’un visage digne et parfaitement modelé d’une dame anonyme, aux yeux rougis & aux nombreuses ridules. Une « exécution magistrale », selon la commissaire de l’exposition. Dans le genre, notons la présence d’un dessin de Leonardo da Vinci, « Tête grotesque de Femme de Profil » (vers 1490-1500).

La recherche de vérité, s’exprime pour certaines « laideurs » relatives, l’âge se traduisant par des rides, des joues creusées, comme l’atteste, également, un portrait anonyme, en marbre, daté du Ier siècle avant notre ère, les oeuvres exposées ne se limitant donc pas à la Renaissance.

Maintenant tout comme des artistes peuvent enjoliver les visages, les corps de leurs modèles, accentuant ainsi leur  « beauté« , d’autres créent des laideurs accentuées, parfois poussées au paroxysme.

Si des personnes désargentées sont représentées avec de grossières attitudes, comme « Les Mangeurs de Ricotta » (vers 1580), une oeuvre de l’entourage de Vincenzo Campi (1536-1591), nous pouvons nous réjouir de constater que des « vieux », si bien chantés par Jacques Brel (1929-1978), peuvent continuer à s’enlacer, comme des jeunes, ainsi que le peignit Jan Matsys, avec sa « Joyeuse Compagnie » (1562), même s’il représente ce  couple de seniors, au milieu de joyeux lurons aux traits quelque peu caricaturaux.

La « laideur ridicule », quant à elle, se retrouve avec « Les Collecteurs d’Impôts » (vers 1525-1530), de Marinus van Reymerswale (vers 1490-vers 1546), dont les regards cupides trahissent un probable enrichissement personnel, dans la récolte méticuleuse, mais frauduleuse des taxes.

Lorsque l’on évoque une « représentation idéalisée », pensons à deux portraits de Charles Quint (1500-1558), celui de Le Titien, peint vers 1549, du « Museo e Real Bosco di Capodimonte », à Naples, non exposé à « Bozar », & celui d’un anonyme, réalisé vers 1525-1530, prêté par la « Pinacoteca Nazionale di Siena », à Sienne. Ainsi, Le Titien a tenu à atténuer le caractéristique « menton habsbourgeois », de l’empereur du Saint-Empire romain germanique, ayant été, en grande partie, dissimulé par sa barbe, cette proéminence disgracieuse n’étant, ainsi, plus visible. Par ailleurs, suite à la réalisation de son « Portrait de Giulia Gonzaga » (vers 1530-1539), l’intéressée a écrit, dans l’une de ses lettres, qu’il l’avait représentée bien plus belle qu’elle ne l’était, en réalité, Le Titien ayant accentué la pâleur de son teint et le rose de ses joues …

Ce concernant, Zoë Gray, directrice des expositions à « Bozar » tient à souligner : « Les puissants ne sont jamais représentés comme laids, contrairement aux marginaux ».

Les critères de beauté étant subjectifs, avec des différences selon les peuples, les ethnies, « la laideur » peut avoir « de la beauté », comme l’huile sur toile d’un talentueux peintre anonyme, « Portrait de Madeleine Gonzales » (vers 1580), prêté par le « Kunsthistorisches Museum », à Vienne.

Le parcours se termine sur le thème fort répandu des corps mal assortis, qui associent de jolies et fraîches demoiselles à des vieillards, ou inversement, comme dans « Le Couple inégal » (Lucas Cranach l’Ancien/vers 1530/ voir l’illustration dans l’entête), cette association insolite de deux extrêmes nous mettant en garde contre d’éventuelles relations inappropriées, voire intéressées, de la part de la plus jeune des deux personnes …

Soulignons que « Bellezza e Bruttezza. Beauté et Laideur à la Renaissance » rassemble 95 oeuvres, présentées au sein de cinq sections : « L’Antiquité & la Renaissance », « Les Belles &le Portrait réaliste à la Renaissance »,  « Muses, Monstres & Prodiges », « La Beauté, la Laideur & l’Artifice » et « La Beauté & la Laideur dans le Couple »

A notre époque, où il devient de plus en plus difficile d’encore obtenir des prêts d’oeuvres d’art, nous trouvons, parmi plus de 60 prêteurs : la « Galleria Borghese » (Rome), la « Galleria dell’Accademia » (Venise), la « Galerie des Offices » (Florence), la « Kunsthalle » (Hambourg), le « Kunsthistorisches Museum » (Vienne), le « Musée du Louvre » (Paris), les « Musées du Vatican » (Rome), le « Museo Nazionale Romano » (Rome) & la « National Gallery of Art » (Washington), 63 peintures, 16 dessins, 9 sculptures & 7 objets étant exposés.

Dans le magazine français « Connaissance des Arts », nous lisons : « Grâce aux recherches de Chiara Rabbi Bernard, aux prêts originaux obtenus et au découpage clair et pédagogique du parcours, cette exposition permet de confronter 90 œuvres (dessins, peintures, sculptures) d’artistes du XVe siècle, de Vinci à Cranach, de Botticelli à Dürer, autour des canons de la beauté et de ‘la belle laideur’ ».

- Informations pratiques :

Organisation : tous les jours, de 10h à 18h, jusqu’au dimanche 14 juin, pour « Bellezza e Bruttezza. Beauté et laideur à la Renaissance » & jusqu’au dimanche 16 août, pour « Picture perfect ». Prix d’entrée (incluant le  « Guide du Visiteur » & un « Guide pour Enfants ») : 18€ (16€, dès 65 ans) / 16€, dès 65 ans / 13€, de 18 à 24 ans / 2€, pour les détenteurs du « museumPassmusées » / 0€, pour les moins de 18 ans. Catalogue (co-édition « Bozar Books » & « Mercatorfonds »/ 2025/cartonné/288 pages/29 x 23 cm) : 49€Contacts : 02/507.82.00Billetterie tickets@bozar.beSite web : https://www.bozar.be/fr/.

*** « Picture Perfect », jusqu’au dimanche 16 août :

« ‘Picture Perfect’ examine le rôle de la photographie et de la vidéo dans la création, la perpétuation et la  déconstruction des idées établies sur la beauté physique. Axée sur la création photo et vidéo, depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, elle complète parfaitement l’exposition parallèle ‘Bellezza e Bruttezza’, révélant la continuité des normes de beauté occidentales à travers les âges, mais aussi la manière dont les artistes contemporain·e·s remettent en question ces traditions et ces archétypes« , écrit Zoë Gray, directrice des expositions de « Bozar ».

Ainsi, tous les continents étant envisagés, 65 artistes, de générations multiples, dès la première salle, nous trouvons le contraste entre différentes « beautés », avec, notamment, les photos, en noir et blanc, de sa série « Rikishi »  (« Homme fort », en français/2005), de l’artiste japonais Hiroshi Watanabe (°Sapporo/1951), qui nous dévoile des portraits expressifs de lutteurs japonais de « sumo », considérés, par les Japonaises, comme la quintessence de la perfection masculine, étant ainsi salués, au Japon, par des millions de femmes, … ce qui ne devrait pas être dans la pensée des femmes belges, les critères de « beauté » étant différents, … certaines pouvant même évoquer de la « laideur » de ces sportifs professionnels, d’autant plus en cette période de lutte contre l’obésité.

Contraste, aussi, avec ces « beautés » africaines, de race noire, photographiées, en noir et blanc, durant trois décennies par l’artiste nigérien J.-D. ‘Okhai Ojeikere (1930-2014), pour sa série « Hairstyles » (1969-1977), dont les superbes coiffures pourraient ne pas être appréciées par des personnes de race blanche, latino ou asiatique.

Leus oeuvres et celles de 63 autres artistes, de générations multiples, sont à découvrir jusqu’au dimanche 16 août, à proximité de l’exposition « Bellezza e Bruttezza. Beauté et Laideur à la Renaissance », dont « Picture Perfect »  constitue la prolongation, aux XXe & XXIe siècles.

Pour nos collègues de « L’Echo », cette dernière exposition est : « Une franche réussite, aussi bien par son thème d’actualité, la qualité de son accrochage, que par sa scénographie originale. […]​​​​​​​ À l’heure des filtres, de la chirurgie  et des visages optimisés, l’exposition pose une question redoutable : qui fabrique nos regards et à quel prix ? » 

*** « Ho Tzu Nyen. P for Power », jusqu’au dimanche 14 juin :

A l’occasion de sa première exposition en Belgique, l’artiste audio-visuel Ho Tzu Nyen (°Singapour/1976), nous  propose deux films, ainsi qu’une installation, « P for Power« , forte de plusieurs écrans vidéos, abordant des  questions fondamentales, alliant recherche approfondie, culture visuelle populaire et innovation technologique.

Yves Calbert.

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